Aspects psychologiques et maquillage de la cicatrice

Martine NEL-OMEYER
Association des Brûlés de France

LA PEAU RÉALITÉ PHYSIQUE ET PSYCHOLOGIQUE

 La peau et le cerveau naissent du même tissu embryonnaire qui va se séparer en trois parties. La partie la plus externe ou ectoblaste va donner naissance au système nerveux et à la peau, ce qui nous laisse présager des rapports multiples et privilégiés qui seront échangés tout au long de l’existence de chaque individu.

« Les différentes fonctions qui nous composent et nous animent sont indissociables. Dans des interactions et des allers et retours incessants les soins du corps de toute nature contribuent à l’intérieur de nous, à la vie de l’esprit, de même que les multiples détours de notre psychisme participent au fonctionnement et à l’évolution de notre corps. »( Louis Velluet)

La peau est notre plus grands organe et c’est avant tout une enveloppe qui protège notre corps des agressions extérieures, qui se renouvelle indéfiniment et qui permet d’identifier son interlocuteur, on peut la qualifiér de « véhicule social ». La peau va garder les traces des agressions du monde extérieur par ses cicatrices.

Elle peut en infléchir les messages grâce au maquillage, à la chirurgie et aux cosmétiques (Martine Fabre).

LE RAPPORT DE SOI À LA REPRÉSENTATION

« La cicatrice est une marque laissée par une plaie après la guérison ».

« La cicatrice ce sont deux bords qui se referment formant une bouche qui se tait progressivement ».

Si la première définition décrit l’aspect physique et médical, l’autre appelle ailleurs bien au delà de la  simple cicatrisation elle touche la représentativité.

L’IMAGE INCONSCIENTE DU CORPS

L’humain se forge une image de soi bien avant de la réfléchir. Il s’agit du domaine des sensations ouie, vue, odorat, toucher  qui passe par la relation mère / enfant C’est dans ces temps que se joue l’histoire de l’image du corps.

Le miroir va marquer la fin de l’histoire les images du corps vont disparaître au profit de l’image renvoyée par le miroir. Les images du corps deviennent en termes analytiques « inconscientes » et la transmutation se fait dans le domaine des représentations.

Le moi c’est le corps tel que le miroir vient y donner son statut scopique.

Le sujet c’est ce qui a préparé ce qui reste de l’identité inconsciente du corps.

« LA CICATRICE PSYCHIQUE »

La cicatrice va entraîner un bouleversement et à la perte de substance physique va s’ajouter une douleur plus subjective  la cicatrice fera alors  « symptôme » et à la douleur première va venir se substituer une douleur plus morale. La cicatrice va rappeler une rupture dans la vie du sujet. Il s’agira de  réinventer autrement son image en amont de soi sur le plan affectif d’ou la nécessité d’effectuer un travail de deuil de l’image antérieure, ceci allant jusqu’aux premiers contacts peau à peau : mère /enfant. Ce qui est réactivé par la cicatrice c’est quelque chose d’extrêmement précoce dans la vie du sujet. On peut parler pour certains patients de douleur «  post-cicatricielle ».


La cicatrice de la brûlure résulte d’une reconstruction au niveau chirurgical et rééducatif mais aussi au niveau de l’identité et des préoccupations narcissiques. Il s’agit de réinvestir autrement son image, un amour de soi. La douleur sera autre au fil du temps. Il s’agit de dépasser un corps violemment agressé et ses répercussions psychologiques.

« LA CICATRICE SOCIALE »

La relation à l’esthétisme est fondamentale dans notre société. De là découle un arbitraire de la cicatrice qui pour certains va devenir la « chose » à dissimuler à faire disparaître en fonction de sa taille, de sa localisation et des capacités du sujet à supporter le « regard de l’Autre » qui est là pour rappeler la Trace, la Marque, le Stigmate. La cicatrice est alors le problème empêchant de vivre. L’altération du corps et les cicatrices renvoient dans les imaginaires à une altération morale de l’homme, son passage à un autre type d’humanité autorise la constance du jugement et du regard sur lui. A l’homme ordinaire seul est réservé le privilège de se promener dans une rue, sans susciter  la moindre indiscrétion. Penser le corps, la cicatrice est une autre manière de penser le monde et le lien social : un trouble introduit dans la configuration du corps est trouble introduit dans la cohérence du monde.

LE MAQUILLAGE DES CICATRICES

La proposition s’intègre dans la perspective d’une amélioration de la qualité de vie des patients.Il faut tenir compte des facteurs concernant la cause de la cicatrice. Il faut tenir compte également du temps écoulé. Il apparaît nécessaire de parler du maquillage le plus tôt possible de manière à commencer précocement cet apprentissage qui va stimuler un réinvestissement en premier temps familial voire même ensuite professionnel quelquefois. Pour les personnes brûlées, des informations sur le maquillage sont présentées dès le centre de rééducation de manière à préparer la réinsertion sociale.

L’amélioration de l’image de soi ne passe pas uniquement par le maquillage mais passe aussi par le soin de la peau : la nourrir et l’hydrater peut favoriser une reprise de « l’histoire » comme nous l’avons vu précédemment.

En tenant compte des répercussions psychologiques des cicatrices il nous est apparu nécessaire de tenter de mesurer l’impact du maquillage grâce à un petit questionnaire :

  • 88 % affirment vouloir continuer le maquillage
  • 66 % emploient les mots "joie" et "bien-être"
  • 55 % sont certaines de le réussir
  • 66% oublient les marques ou cicatrices
  • 33 % ressentent le maquillage comme une contraintes liée à l’accident (il s’agit en majorité de personnes qui ne se maquillaient pas avant l’accident)
  • 33 % repensent à l’accident
  • 15 % ressentent de l’angoisse pour réussir

Ce questionnaire est proposé au second rendez-vous afin de vérifier le vécu du maquillage.

55 % sont certains de réussir, il convient de souligner que cela dépend de la surface à dissimuler, de son aspect et de son origine. Il est évident qu’une brûlure importante demandera plus de « travail ».

66 % ressentent joie et bien être ce qui montre l’impact positif au niveau du réinvestissement personnel. Le patient est ACTIF et non PASSIF. En règle générale il s’agit de montrer la possibilité d’atténuer ou de masquer la cicatrice en apprenant soi-même à le refaire. Le but essentiel est d’apprendre à se maquiller. C’est une démarche conjointe entre le maquilleur et la personne concernée; aucune dépendance ne doit intervenir. Le maquillage sitôt élaboré devant le miroir est bien vite ôté de manière à recommencer seul les gestes nécessaires mais aussi pour bien montrer que la cicatrice n’a pas disparu. C’est dans cette perspective que nous insistons sur le geste du « démaquillage » et que nous proposons les produits démaquillants.

Les fonds de teint à utiliser présentent plus de pigments et sont plus couvrants. Ils peuvent se présenter sous diverses formes : en tubes, en pots.
Il s’agit d’un travail de collaboration avec le médecin, le psychologue et la maquilleuse afin de permettre au patient de réunir toutes les chances de réussir sa  « cicatrisation ».

Bibliographie :

  • G. Guillerault « l’image inconscient du corps »
  • D .Breton « la chair à vif »
  • M. Fabre « la peau »
  • Association des brûlés de France : Exposé Y Mehdaoui