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Cicatrisation : innovation et perspectives |
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Thierry LE GUYADEC |
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(mise à jour : 2006) |
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La prise en charge
des plaies est un art aussi vieux que l’art médical. Initialement
développée en France par Ambroise Paré au 18 ème siècle, mise en valeur
par les barons Larrey et Percy pendant les guerres napoléoniennes, cette
discipline n’est pourtant toujours pas enseignée en dehors de diplômes
universitaires au niveau national, que ce soit aux médecins ou aux
infirmiers.
On estime cependant
la prévalence des plaies chroniques (essentiellement ulcères de jambe,
escarres et plaies du pied diabétique) à 1 ou 2% de la population
générale. Elles représentent en terme de coût et qualité de vie un
véritable problème de Santé Publique, qui ira en s’aggravant avec le
vieillissement de la population.
Heureusement, depuis
une vingtaine d’année dans le monde, et en France depuis 1997 (date de
la création de la Société Française et Francophone des Plaies et
Cicatrisations), les innovations s’accélèrent et la prise en charge des
plaies s’affine. Parmi ces innovations, nous retiendrons l’utilisation à
plus grande échelle des pansements dits « modernes », mais aussi la mise
sur le marché de « pansements intelligents », des substituts cutanés
greffables ou l’apparition des cultures de peau et des cellules souches.
Le principal défi actuel reste donc la transmission aux soignants de ces
nouvelles connaissances. |
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PRINCIPES GÉNÉRAUX DE PRISE EN CHARGE DES PLAIES. |
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|
La plupart des
experts s’accordent sur un certain nombre de principes généraux
(1) :
-
Toute plaie
évolue en trois grandes phases
avant de se fermer : une phase de détersion (nécrose et fibrine) ;
si la plaie est correctement traitée, l’évolution se fera vers la
phase de bourgeonnement (fond rouge), phase nécessaire, mais qui ne
doit pas être excessive pour ne pas gêner l’épidermisation : la
plaie devient rose et se ferme. Ces trois phases (parfois associées
sur différentes zones) doivent être respectées si l’on veut espérer
la guérison.
-
La cicatrisation
est plus rapide en milieu humide
qu’en milieu sec, comme l’ont montré des travaux qui datent des
années 1960 (2) et qui ont été à
l’origine des premiers pansements modernes (hydrocolloïdes). En
1962, Winter publie ses travaux sur des modèles animaux : il crée
des plaies de 2,5 cm2 par brûlures sur des cochons, qu’il
répartit en 3 groupes et dont il observe les résultats de la
cicatrisation à 3 jours : ceux qui ont reçu un pansement occlusif
maintenant milieu humide ont une cicatrisation de plus de 90 % ;
ceux dont la plaie est séchée à l’air libre : celle ci est à moitié
cicatrisée alors que ceux traités par un courant d’air chaud voient
leur plaie cicatrisée seulement à 18%. Ces données seront confirmées
chez l’homme un an plus tard par Hinman et Maibach. Cette humidité
qui ne doit pas être excessive pourra être régulée grâce aux
pansements (les hydrogels favorisent cette humidité pour ramollir
une nécrose, les alginates absorbent l’excédent en cas de plaie
suintante…).
-
Abandon de
l’usage systématique des antiseptiques,
et contre-indications de la plupart des antibiotiques locaux et des
colorants : l’intérêt pratique de ces produits en peau lésée est
minime par rapport à leurs effets secondaires potentiels (allergies,
causticité, toxicité systémique, sélection de germes…). Le lavage au
sérum physiologique, ou à la douche et au savon, suffit le plus
souvent. Il faut savoir utiliser sur et autour des plaies chroniques
les produits les plus neutres possibles pour éviter les allergies
fréquentes. En dehors des antiseptiques, le baume du Pérou (Tulle
gras ® ancienne formule), la lanoline (certaines crèmes grasses), la
colophane (adhésifs)… sont particulièrement allergisants.
-
Toute plaie est
colonisée :
la flore bactérienne, sauf excès, n’est pas délétère, voire même
participe à la détersion ; à la phase de détersion, il s’agit
essentiellement de bactéries Gram négatif ou d’anaérobies, qui
diminueront spontanément avec la cicatrisation, pour être remplacés
par des coccis Gram positif aux stades de bourgeonnement et
épidermisation. « Paix sur la plaie aux germes de bonne volonté »,
disait Raymond Vilain. Les antibiotiques locaux sont donc
généralement inutiles ; seule la sulfadiazine argentique continue à
être régulièrement utilisée, en particulier dans les Centres de
Traitement des Brûlés. Ce n’est qu’en cas de plaie très sale,
malodorante, suintante, ou bien de signes régionaux ou généraux
d’infection que se discute une antibiothérapie par voie générale.
Les prélèvements locaux ne sont donc pas systématiques et ne doivent
pas influencer le traitement : leur principal intérêt est la
recherche de bactéries résistantes, qui doivent faire renforcer les
mesures d’hygiène lors des pansements. Les pansements de plaies sont
d’ailleurs des soins propres, mais pas toujours nécessairement
stériles.
-
Tenir compte de
la douleur :
la crème EMLA® et l’ANESDERM® ont eu l’AMM dans la détersion des
ulcères, même si l’on peut s’interroger sur le risque allergique à
long terme des anesthésiques qu’elle contient. Il ne faut pas
hésiter à recourir aux antalgiques, opiacés si besoin. Enfin, nous
le reverrons, l’utilisation des pansements modernes permet souvent
de réduire la douleur.
-
Ne pas
changer de
type de pansement sans se poser certaines questions : mauvaise
indication? Utilisation pendant une période trop courte ou trop
longue du pansement…
-
On ne traite pas
seulement une plaie, mais un malade.
Aucun pansement ne fait de miracle : un ulcère veineux ne guérira
pas sans contention, le malade avec une escarre doit être mis en
décharge…
|
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MODALITÉS D’UTILISATION
DES PANSEMENTS « MODERNES » (3, 4,
5) |
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|
Les pansements ne
sont pas des médicaments, mais des "dispositifs médicaux". Il n’y a donc
pas d’AMM, mais une conformité aux normes européennes (marquage CE).
Néanmoins, les études contrôlées ne sont pas obligatoires et le niveau
de preuves d’efficacité des pansements n’est souvent pas très élevé…
Le remboursement est fait au cm2 mais seuls les pansements inscrits sur
la “LPPR” (liste des produits et prestations remboursables) sont
remboursés; en fait, les prix des pansements sont libres, mais il existe
un prix conseillé, avec un remboursement par la sécurité sociale de 65%. |
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Les différentes
classes de pansements (Tableau 1) |
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Famille |
Produit
|
Laboratoire |
|
Hydrocolloïdes |
Askina Biofilm®
Askina Hydro®
Comfeel®,
Comfeel plus®
Duoderm®,
Duoderm E®
Sureskin®
Hydrocoll®
Algoplaque® |
Braun
Braun
Coloplast
Convatec
Euromedex
Hartmann
Urgo |
|
Hydrocellulaires |
Askina Transorbent®
Biatain®
Combiderm®
Tielle®
Mépilex®
Allevyn®
Cutinova Hydro® |
Braun
Coloplast
Convatec
Johnson &
Johnson
Mönlycke
Smith &
Nephew
Smith &
Nephew |
|
Alginates |
Askina sorb®
Sorbsan®
Algostéril®
Comfeel Seasorb®
Sorbalgon®
Melgisorb®
Algisite M®
Urgosorb® |
Braun
Braun
Brothier
Coloplast
Hartmann
Mönlycke
3 M Santé
Urgo |
|
Hydrofibres |
Aquacel® |
Convatec |
|
Hydrogels |
Askina gel®
Comfeel
Purilon®
Duoderm
Hydrogel®
SureSkin Hydrogel®
Hydrosorb plaques®
Nu-Gel®
Hypergel®,
Normigel®
Intrasite gel
Applipack®
Urgo Hydrogel® |
Braun
Coloplast
Convatec
Euromedex
Hartmann
Johnson &
Johnson
Mönlycke
Smith &
Nephew
Urgo |
|
Pansements au charbon |
Alione®
Carboflex®
Actisorb Plus®
Carbonet® |
Coloplast
Convatec
Johnson &
Johnson
Smith &
Nephew |
|
Pansements à l’argent |
Biatain argent®
Aquacel argent®
Altreet®
Ialuset plus®
Actisorb Plus®
Release argent®
Acticoat®
Urgotul S. Ag® |
Coloplast
Convatec
Genévrier
Johnson &
Johnson
Johnson &
Johnson
Smith &
Nephew
Urgo |
|
Tulles Neutres |
Jelonet®
Vaselitulle® |
Smith &
Nephew
Solvay |
|
Interfaces |
Physiotulle®
Adaptic®
Mépitel®
Urgotul® |
Coloplast
Johnson &
Johnson
Mönlycke
Urgo |
|
Films |
Epiview®
Opsite®
Tégaderm® |
Convatec
Smith &
Nephew
3 M Santé |
|
Les
hydrocolloïdes
Ils sont tous
dérivés d’un polymère absorbant, la carboxyméthyl-cellulose (CMC).
Ils ont des capacités absorbantes importantes (en particulier
les hydrofibres, à base de CMC, tellement absorbante qu’elle est
classiquement étudiée avec les alginates dans le chapitre
suivant). Les hydrocolloïdes (Comfeel®, Duoderm®, Algoplaque®…)
ont été les premiers pansements « modernes » mis sur le marché…
il y a plus de 20 ans ! Ils existent sous de nombreuses formes :
mince, épaisse, bordée, pâte… adaptées à chaque type de plaie.
Leur intérêt repose sur leur simplicité d’utilisation, leur
durée de vie d’au moins 2 jours en fonction de l’exsudat. Leur
inconvénient est qu’ils se transforment au contact de la plaie
en un gel malodorant, « pus-like » en dehors de toute infection,
qui peut couler hors du pansement irritant la peau autour,
inquiétant le malade… Ils favorisent donc parfois la macération,
mais aussi un hyper bourgeonnement, réductible par des
corticoïdes locaux, et beaucoup plus rarement un eczéma de
contact. Les hydrocolloïdes de “nouvelle génération” coulent
moins : Cutinova® Hydro, Askina® hydro...
Les
hydrocellulaires
Les
hydrocellulaires (Tielle®, Allevyn®…), à base de polyuréthane,
plus récemment mis sur le marché, évitent ces inconvénients tout
en absorbant et maintenant un milieu humide : ils sont donc
particulièrement intéressants dans les plaies en partie
détergées et modérément exsudatives. Ils sont constitués de 3
couches : film semi-perméable externe, adhésif ou non , une
mousse de polyuréthane très absorbante au centre et qui joue un
rôle de coussinet, et un couche de transfert au contact de la
plaie.
Avantages :
non adhérents/ très absorbants/ ne se délitent pas au contact de
la plaie et pas d’odeur désagréable/ bonne alternative quand la
peau est macérée/ peuvent servir de pansements secondaires aux
hydrogels, hydrofibres, alginates…
Le choix est
vaste et difficile pour le néophyte : formes adhésives ou non,
formes anatomiques (talon, sacrum, cavités), formes extra-minces.
Certaines formes non adhésives (Tielle® S, Allevyn® non adhésif,
Combiderm® N…) sont indispensables lorsque la peau périphérique
est endommagée ou fragile.
Il ne faut
pas les utiliser avec du Dakin ou de l’eau oxygénée, qui font
fondre la mousse hydrocellulaire. Il existe des formes
“atypiques” : Mépilex® au silicone, Cellosorb® Urgo, technologie
“lipidocolloïde” ; Hydroclean ® Hartmann à utiliser en phase de
détersion...
Les hydrogels
Les hydrogels
(Nu-Gel®, Intrasite gel®, Comfeel® purilon...) se composent de
80% d’eau : destinés au plaies sèches, nécrotiques, ils sont en
fait plus « humidifiants » qu’absorbants. Ils nécessitent un
pansement secondaire peu absorbant, comme un film ou un
hydrocellulaire, pour que leur eau aille dans la nécrose… et pas
dans la compresse ! Normalement à usage unique, ils peuvent en
pratique à domicile être gardés quelques temps au frais ; à
l’hôpital, il faut les verser sur une compresse avant d’entrer
dans la chambre du malade, pour pouvoir utiliser le reste chez
un autre patient.
Les alginates
et les hydrofibres
Bien que de
composition différente ils sont regroupés dans la même classe,
en raison de leur capacité d’absorption très importante. Ils se
présentent sous forme de compresses ou de mèches, qui se
transforment en gel au contact des exsudats
Les alginates
sont des extraits d’algues marines très absorbants (10 à 15 fois
leur poids) et aux capacités hémostatiques. Ils détergent la
plaie (débris captés par le gel) et contrôlent la prolifération
bactérienne par piégeage physique ; ils ne se délitent pas dans
la plaie et le retrait non douloureux. Indication : plaie
exsudative, infectée ou hémorragique ; contre-indication : plaie
non exsudative, Dakin qui le détruit. Ils sont soit pur
Algostéril® (Brothier) qui existe en plaque et maintenant en
mèche ruban remboursée ; soit associés à de la CMC : Comfeel®
Seasorb (Coloplast) ou Urgosorb® (Urgo).
Les
hydrofibres, hydrocolloïdes particuliers, ont un seul
représentant : l’Aquacel®, fibre de CMC absorbant 30 fois son
poids, de capacité d’absorption supérieure aux alginates et
donc indiqué dans les plaies exsudatives, où il se transforme
en une sorte de gel ; il existe pur associé à de la sulfadiazine
argentique, en compresse ou en mèche
Rappelons que
leur utilisation ne doit pas être poursuivie lorsque
l’écoulement se réduit : ils deviennent alors douloureux et il
faut savoir changer de classe thérapeutique.
Les
interfaces et les films
Les anciens
tulles gras, peu coûteux, ne sont pas absorbants ; tissés
larges, ils risquent d’arracher les bourgeons ; contenant du
Baume du Pérou pour certains, ils peuvent être allergisants. En
dehors du Corticotulle® pour les plaies hyperbourgeonnantes, du
Tulle Bétadiné encore très employé, ils sont généralement
déconseillés. Les tulles modernes (Jélonet®) sont plus neutres,
mais leur retrait est parfois douloureux et hémorragique.
On préfère
donc au stade de bourgeonnement et épidermisation les interfaces
(Adaptic®, Mépitel®) qui n’ont pas ces inconvénients, ou la
nouvelle technologie « lipido-colloïde », tricot synthétique
imprégné d’un mélange de paraffine et de CMC (Urgotul®,
Physiotulle®). Leur intérêt principal est de ne pas adhérer à la
plaie, mais ils doivent être changés tous les 2 jours
Les films (Opsite®,
Tégaderm®….) sont composés de polyuréthane semi-perméable. Ils
ne sont ni absorbants, ni adhérents à la plaie. Transparents,
ils permettent un contrôle visuel de la plaie : ils sont
indiqués au stade d’épidermisation ou pour recouvrir les
sutures.
Les
pansements au charbon
ces
pansements sont un tricot de charbon imprégnés d’ions
argentiques (Actisorb plus®) ou non (Carboflex®, Carbonet®,
Alione®) ; ils limitent la prolifération bactérienne et les
odeurs, mais sont peu absorbants (sauf le Carboflex®). Ils sont
indiqués pour les plaies fibrineuses, infectées, malodorantes,
par exemple les plaies cancéreuses.
Peu adhérents
et modérément absorbants : il faut donc un pansement secondaire
pour assurer l’absorption
Associations
Même si cela
augmente le coût du traitement, certaines associations peuvent
être intéressantes. Ainsi les hydrogels doivent être recouverts
d’un film pour favoriser leur pénétration dans la nécrose, ou on
peut associer alginates ou hydrofibres et hydrocellulaires dans
les plaies très exsudatives. |
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Quel pansement
choisir ? (Tableau 2) |
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Le choix se
base schématiquement sur la couleur dominante de la plaie
(noire, jaune, rouge, rose) :
-
plaie à
prédominance noire (nécrose) :
en dehors
du cas des diabétiques où il est classique d’attendre que
« la nature fasse son travail » (attendre la délimitation
naturelle de la nécrose avec un pansement gras), ces plaies
sont l’indication des hydrogels recouverts d’un film, d’un
hydrocolloïde transparent ou d’un hydrocellulaire. La
détersion manuelle est bien sûr nécessaire
-
plaie à
prédominance jaune (fibrine) :
si la plaie est sèche, un hydrogel peut être utilisé ; si la
plaie est modérément exsudative, un pansement hydrocolloïde
permet de maintenir le milieu humide ; les plaies
malodorantes, surinfectées sont l’indication des pansements
au charbon et/ou à l’argent ; les plaies très exsudatives
bénéficient des alginates ou hydrofibres.
-
plaie à
prédominance rouge (bourgeonnement) :
c’est l’indication des hydrocellulaires, ou des
hydrocolloïdes en plaques minces, en diminuant la fréquence
des pansements. En cas d’exsudats importants, les
hydrocolloïdes, les alginates, les hydrofibres peuvent être
utilisés. Ces pansements occlusifs sont souvent responsables
d’un hyper bourgeonnement, qui doit être combattu par les
corticoïdes locaux.
-
plaie à
prédominance rose (épidermisation) :
ce stade doit être parfaitement respecté, en espaçant les
pansements et en évitant la détersion manuelle abusive, y
compris avec la compresse. On utilisera avant tout les
hydrocellulaires ou les interfaces.
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|
Phases de la plaie |
Nécrose Fibrine
Bourgeonnement Epidermisation (Exsudats) |
|
Pansements
Hydrocolloïdes
Hydrocellulaires
Alginates,
Hydrofibres
Hydrogels
Pansements au
charbon
et à l’argent
Tulles, interfaces,
films
|
-------------------------------------------------------->
+ à ++
------------------------------------------>
++
-------------------> plaie infectée,
suintante +++
---------------------> plaie
sèche 0
---------------------> plaie infectée,
malodorante ++
--------------------------------> 0 |
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Comment faire les
pansements ? |
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Le pansement
précédent doit être retiré, éventuellement en l’humidifiant, en faisant
attention de ne pas arracher les bourgeons et/ou l’épiderme néoformés.
La plaie est lavée au sérum physiologique ou à l’eau et au savon. La
nécrose et la fibrine sont retirées à la curette ou au scalpel,
éventuellement après anesthésie locale ; par contre, le nettoyage doit
être doux en fin de cicatrisation, toujours pour ne pas arracher les
jeunes cellules.
En cas de macération,
la peau autour de la plaie doit être protégée par un topique neutre
(vaseline), ou par l’utilisation d’un pansement non adhésif.
Les pansements sont à
renouveler en moyenne : tous les jours en cas d’infection ; tous les
jours ou tous les 2 jours à la phase de nécrose ; tous les 3 à 4 jours
lors du bourgeonnement ; tous les 4 à 7 jours lors de l’épidermisation. |
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Comment faire
l’ordonnance ? |
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Il faut toujours 2
ordonnances :
-
une ordonnance
pour l’infirmière, décrivant les différentes étapes du soin, mais
aussi : la fréquence, la durée, la nécessité ou non de soins le
week-end, la présence de plusieurs plaies (« soins multiples » ou
« soins lourds »), pour lui permettre d’être mieux rémunérée. La
pose d’une bande de contention n’est par contre pas prise en charge
par la sécurité sociale.
-
une ordonnance
pour le pharmacien, précisant le nom du pansement primaire, mais
aussi sa taille, le nombre nécessaire… sans oublier les compresses,
stériles ou non, le sérum physiologique, les bandes, voire prescrire
un set à pansement
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Intérêt de ces
nouveaux pansements |
|
Nous avons donc à
notre disposition de plus en plus de produits remboursés, qui nous
permettent de trouver des solutions pour tous nos malades. Ces nouveaux
pansements permettent de réduire la fréquence des soins : outre un gain
en terme de qualité de vie (par exemple, réduction de la douleur chez
l’enfant brûlé), des études récentes montrent que, bien utilisés, ils
réduisent le coût des soins (moins de soins infirmiers, moins
d’hospitalisation…).
Par contre, leur
nombre nécessite dans un hôpital un choix et une harmonisation des
pratiques.
Mais s’ils
maintiennent un milieu humide favorable à la cicatrisation, ils n’ont
pas par eux-mêmes de propriétés cicatrisantes. Un certain nombre de
pansements « intelligents » sont donc en train de voir le jour. |
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LES ACQUISITIONS
RÉCENTES |
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Les pansements « boostés »
Des nouveaux
pansements, dits « biologiquement actifs », ont donc été développés
depuis quelques années. Ces nouveaux pansements pourraient, en plus de
maintenir le milieu humide, interférer avec les mécanismes de la
cicatrisation… En effet, quelle que soit l’étiologie des plaies
chroniques, ces dernières sont considérées comme semblables d’un point
de vue chimique : il existe localement un déficit en cytokines et
facteurs de croissance, peut-être en partie secondaire à une
augmentation de l’activité protéolytiques des protéases locales. Ceci a
abouti à 2 nouveaux concepts :
-
utilisation
locale de facteurs de croissance, comme le RégranexÒ
(PDGF) dans l’ulcère neuropathique diabétique. La prescription doit
se faire à l’aide d’une ordonnance type « médicament d’exception »
-
protéger les
facteurs de croissance en inactivant les protéinases (PromogranÒ).
Ce pansement des laboratoires Johnson & Johnson, non encore
remboursé en ville, se compose d’une matrice de collagène lyophilisé
et de cellulose oxydée et régénérée. En présence de l’exsudat, il se
transforme en un gel biodégradable, inactivant les métallo-protéases
délétères pour la plaie, tout en protégeant les facteurs de
croissance locaux. Ce pansement a fait l’objet de deux études
cliques encourageantes dans l’ulcère veineux et le mal perforant
plantaire.
D’autres pansements
visent à apporter des constituants du derme :
-
du collagène,
sous la forme de poudre : Catrix® poudre (Valéant), répartie sur la
plaie détergée, recouvrir d’un pansement. Le collagène fournirait un
support pour la migration des fibroblastes, stimulerait macrophages
et prolifération des kératinocytes. Ce produit est non remboursé
-
de l’acide
hyaluronique : constituant de la matrice extra cellulaire, l’acide
hyaluronique maintient l’homéostasie cutanée, et favorise la
cicatrisation…. On le trouve dans le Ialuset® (Genévrier) et l’Effidia®
(Johnson and Johnson). Il est indiqué dans les plaies en phase de
bourgeonnement
Les pansements à
l’argent, enfin, sont en pleine expansion :
ils sont soit composé
d’argent pur : Acticoat®, soit le plus souvent associés : Argent +
charbon : Actisorb® Ag+ ; Argent et hydrofibre : Aquacel® Ag ; Argent
et Ac hyaluronique : Ialuset + ; alginate et ions Argent : Release® Ag
L’argent est présent
sous 2 formes :
-
Ions
Argent : Actisorb, Aquacel Ag, Biatain Ag, Acticoat, Release Ag
-
Sulfadiazine
argentique : Urgotul Sag, Altreet Ag, Ialuset +
L’argent ayant une
activité anti-bactérienne à large spectre, ils sont indiqués dans les
plaies infectées ou à risque d’infection, les brûlures…. Mais ils ne
doivent être utilisés que sur une période courte (quelques semaines),
certains auteurs ayant déjà décrit des résistances
|
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Les substituts
cutanés et culture de peau (6) :
Les équivalents
cutanés non vivants et surtout vivants (LES : Living Equivalent Skin)
représentent l’avancée biotechnologique la plus récente dans le
traitement des plaies. Les équivalents non vivants sont des supports
biocompatibles favorisants par leurs propriétés chimiques et physiques
l’activité des cellules de la peau : l’Intégra®, éponge de collagène
bovin initialement acellulaire, est secondairement revascularisée et ré
habitée par les fibroblastes. Son utilisation est bien validée en
pratique dans les brûlures aiguës et il est de plus en plus utilisé dans
les séquelles de brûlures
Les équivalents
vivants obtenus par bio ingénierie tissulaire se divisent en :
équivalents épidermiques produits en 3 semaines par culture de
kératinocytes autologues sur une membrane biocompatible : leur intérêt
est majeur dans la survie des brûlés graves, mais la qualité de la
cicatrisation tardive est souvent mauvaise ; les équivalents dermiques :
comme le Dermagraft® TC ou Transcyte®, culture de fibroblastes humains
sur une matrice résorbable, a obtenu l’agrément dans l’ulcère du pied
diabétique ; enfin, les équivalents composites contiennent des éléments
dermiques et épidermiques : l’Apligraf® est ainsi commercialisé dans
certains pays dans l’ulcère diabétique.
Le plus grand
problème de ces substituts cutanés est leur rapport qualité prix. S’il
se discute peu dans les brûlures où les cultures de kératinocytes sont
nécessaires aux grands brûlés, où l’Intégra® assure la qualité à venir
de la peau, cet intérêt est beaucoup moins évident dans les plaies de
plus petite taille. La commercialisation « en routine » de certains de
ces composés paraît bien compromise.
|
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Utilisation de
cellules souches :
Fin 2005 ont été
utilisées pour la première fois dans l’Ilot Percy des Cellules Souches
Mésenchymateuses (CSM), pour le traitement d’une brûlure par
irradiation.
Ces CSM sont des
cellules souches tissulaires multi potentielles pouvant donner naissance
aux tissus conjonctifs, os, cartilage, stroma médullaire... La thérapie
cellulaire est fondée sur l’injection de ces cellules immatures
susceptibles d’acquérir la morphologie et la fonction des cellules
déficientes du tissu lésé ; elle est utilisée depuis des années dans les
greffes osseuses
Des travaux de
l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire sur souris
humanisée irradiée ont montré que l’injection de ces CSM améliorait la
vitesse et la qualité de la cicatrisation avec une meilleure
récupération fonctionnelle de l’activité locomotrice.
Un ouvrier chilien
gravement irradié à la main a été pris en charge conjointement par le
Centre de Traitement des Brûlés (Docteur Carsin), le service de
Chirurgie Plastique (Docteur Bey) et par le Centre de Transfusion
Sanguine Des Armées (Docteurs Lataillade et Doucet) : des CSM ont été
obtenues à partir de la moelle osseuse, puis amplifiées par une
technique de culture innovante et injectées au site de la brûlure en
association avec une autogreffe. Ce nouveau traitement a permis de
soulager le blessé de ses insoutenables douleurs et de lui redonner
l’usage de sa main, même s’il faut rester prudent car on sait que des
nécroses peuvent réapparaître jusqu’à un an après l’intervention.
Le mécanisme d’action
de ces CSM est mal connu : il n’existe en effet pas de preuve sur le
modèle animal de leur différentiation après l’injection ; on pense
qu’elles agissent peut être en apportant des facteurs de croissance en
grand nombre.
|
|
Autres :
-
la cicatrisation
par pression négative avec le système VAC (Vacuum Assisted Closure)
se développe, en deuxième intention, dans les plaies en « impasse
thérapeutique ». Il apporte parfois des résultats remarquables. Mais
le prix de la location de l’appareil, et surtout des mousses de
rechange fait qu’il ne peut être prise en charge qu’au cours d’une
hospitalisation.
|
|
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| |
-
Certains
remettent à l’honneur l’auto hémothérapie dans les plaies :
elle consiste
à appliquer du sang hépariné prélevé au malade sur ses propres
plaies, afin d’apporter des facteurs de croissance. Des études sont
en cours sur l’intérêt de gels plaquettaires autologues, formés de
thrombine activant les plaquettes, qui relarguent leur facteurs de
croissance dans la plaie...
-
« l’asticot-thérapie »
ou « Maggot therapy » des anglo-saxons »
revient à l’honneur ; il s’agit de l’emploi d’asticots à des fins
thérapeutiques ; elle dérive d’observations “millénaires”, mais
connaît un regain d’intérêt depuis la découverte des propriétés
cicatrisantes des larves et l’apparition des résistances des germes
aux antibiotiques. Véritable biotechnologie, elle nécessite de
laboratoires agréés, l’utilisation uniquement de certaines mouches
(en particulier Lucilia sericata, mouche à viande commune…), de
stériliser les asticots pour éviter le transport de germes… Les
asticots :se nourrissent des tissus nécrosés par action
protéolytique de leurs enzymes et secrèteraient des substances
bactéricides ; stimulent la cicatrisation en libérant diverses
substances. Indication : plaies chroniques surinfectées, nécrotiques
mais humides. Ils ont récemment été utilisés en France avec des
résultats excellents sous la forme du système Biobag, les asticots
étant enfermés dans un sac, retiré après 3 jours. Le problème, outre
la barrière psychologique surtout dans les pays latins, est qu’ils
n’ont pas en France de statut clairement défini pour les larves (ni
dispositif médical, ni médicament). Ils ne peuvent donc être
utilisés pour l’instant en dehors d’expérimentations.
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LES PERSPECTIVES |
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Dans un avenir plus
ou moins lointain, les moyens médicaux existant, en particulier les
pansements « boostés », et les substituts cutanés greffables vont
devenir plus performants, mais sûrement pas d’utilisation courante. Un
grand progrès dans les brûlures serait le développement de dermes
artificiels sur lequel pourraient être greffées de grandes surfaces de
cultures de kératinocytes, ce qui jusque là a toujours été un échec. La
thérapie cellulaire, on l’a vu, est porteuse d’espoir.
Mais dans l’immédiat, nous devons avant tout tendre vers une
optimisation et une harmonisation de la prise en charge préventive et
curative des patients : à cet effet, depuis 1997 la Société Française
et Francophone des Plaies et Cicatrisations (SFFC) organise un congrès
annuel, ainsi qu’un diplôme universitaire pluridisciplinaire. D’autres
diplômes (comme celui organisé conjointement par les hôpitaux
Saint-Louis et Percy) voient le jour. Dans certains hôpitaux se créent
des « groupes de plaies et cicatrisation », et surtout de nombreux
réseaux ville-hôpital se développent : la guérison complète n’est donc
plus un pré requis obligatoire au retour à domicile. Des protocoles de
soins harmonisés, des conférences de consensus (sur l’escarre) ont été
récemment publiés… |
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CONCLUSION |
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La mise à la disposition du corps médical (et paramédical) de techniques
modernes de cicatrisation accompagnées d’un enseignement adapté, devrait
permettre une prise en charge standardisée des plaies, susceptible
d’améliorer le confort des patients et de réduire coûts et
hospitalisations. Rappelons nous néanmoins que ces nouveaux pansements,
bien qu’irremplaçables, ne représentent qu’une partie du traitement des
plaies, qui reste avant tout étiologique. |
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RÉFÉRENCES |
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Protocoles de
soin de plaies chroniques pour les soignants.
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Nature 1962, 193 : 293-4.
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Pansements. Aide
à la cicatrisation. Encycl Méd Chir, Dermatologie, 98-942-A-10,
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Indications et
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thérapeutiques en Dermato-Vénérologie 1998 ; 76 : 6 – 18.
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Quoi de neuf dans
les pansements en 2003 ? Soins n° 672, supplément Plaies Escarres
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Lakhel A, Bargues L, Stephanazzi J, Lambert F, Bey E, Moussaoui A,
Carsin H.
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