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Les greffes cutanées |
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Marc REVOL,
Jean-Marie SERVANT |
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(mise à jour : 2006) |
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Une "greffe" est un fragment de tissu
qui est complètement séparé de son site donneur pour être fixé sur un
site receveur destiné à le revasculariser spontanément. Contrairement au
lambeau qui contient sa propre vascularisation, une greffe ne "prend",
ne survit, que si elle est revascularisée par les tissus où on l'a
fixée. Si on place une greffe sur des tissus non ou mal vascularisés,
elle échoue inéluctablement. On ne peut donc envisager une greffe que si
le sous-sol qui la reçoit est suffisamment vascularisé. |
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Généralités
Les
premières greffes cutanés ont été décrites par Jacques Reverdin, interne
suisse des Hôpitaux de Paris, à l'occasion d'une communication à
l'Académie Impériale de Chirurgie, rapportée le 8 décembre 1869 par
Guyon. Sous le terme de greffe "épidermique", il soulevait à l'aiguille
de minuscules fragments de peau qu'il sectionnait. Thiersch, professeur
de chirurgie à Leipzig, avait précisé quelques années plus tard la
nature dermo-épidermique des greffes de Reverdin et avait constaté le
premier le phénomène de revascularisation des vaisseaux du greffon par
ceux du lit receveur dès la 18ème heure. Les greffes de peau
totale ont été décrites vers la même époque, en 1871 par Lawson à
Londres, et en 1872 par Ollier à Lyon, Wolff à Glasgow, et Krause à
Altona en Allemagne [8]. |
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Selon le donneur, on distingue les
"autogreffes" (prélevées sur le patient lui-même), les "isogreffes"
(prélevées sur son jumeau homozygote), les "homogreffes" (ou
"allogreffes", prélevées sur un autre être humain), et les
"hétérogreffes" (ou "xénogreffes", prélevées sur un animal). En raison
de la très forte antigénicité de la peau, seules les "autogreffes" ne
sont pas rejetées (ainsi que les "isogreffes", en fait très
exceptionnelles en pratique). Les homogreffes, dont la survie
nécessiterait l'emploi de médicaments immunosuppresseurs, ne sont pas
employées. Toutefois, les homogreffes de cadavre, voire les
hétérogreffes de peau de porc telles que l’E-Z-derm®
conservent des indications chez les grands brûlés, où elles peuvent
d'ailleurs parfois survivre sans être rejetées, comme chez les sujets
immuno-déprimés.
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Pour assurer la survie d'une greffe cutanée,
la zone receveuse doit présenter certains caractères :
-
Etre bien vascularisée. Toutes les zones susceptibles de
bourgeonner spontanément conviennent, que ce soit d'emblée ou
après bourgeonnement initial de la perte de substance.
-
Ne pas être hémorragique. Il faut assurer une hémostase parfaite
des exérèses cutanées, lorsqu'elles sont greffées d'emblée. Au
besoin, il faut attendre quelques jours entre l'exérèse et la
greffe, surtout dans le cas d'une greffe de peau totale de
grande surface, irremplaçable.
-
Ne pas être suintante. Pour cela, une feuille de Corticotulle®
doit systématiquement être posée la veille de la greffe sur les
bourgeons charnus, et parfois même deux jours avant. La seule
exception à cette règle concerne les ulcères de jambe.
-
Ne pas présenter d'infection virulente. Il est habituellement
admis par les cliniciens que "l'infection" microbienne
correspond à une quantité supérieure à 100 000 germes (105
) par gramme de tissu. En pratique, ce n'est pas une numération
qui guide le chirurgien, mais le seul aspect clinique de la zone
receveuse, examinée quotidiennement. Dans les rares cas de doute
clinique, Vilain avait décrit le "signe de la lame" : un
prélèvement à l'écouvillon est fait là où la zone receveuse est
la plus douteuse. Ce prélèvement est immédiatement étalé sur une
lame de microscope, fixé, et coloré selon Gram. La lecture au
microscope est faite immédiatement, au grossissement 1000. S'il
n'y a pas de microbes visibles, c'est que leur nombre est
inférieur à 105 par gramme de tissu, et que la greffe
peut prendre. S'il y a des germes et des polynucléaires altérés,
c'est que nombre des germes est supérieur à 105 par
gramme de tissu, et que la greffe risque d'échouer.
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Sa survie étant liée à sa
revascularisation à partir de la profondeur, la greffe doit
être parfaitement immobilisée et maintenue au contact de la
zone receveuse, sans espace mort ni mouvements possibles de
cisaillement. Dans la majorité des cas, un bourdonnet est
indispensable pour cela (Tulle gras® ,
Jelonet® ou Vaselitulle® le
plus souvent; Corticotulle® pour les greffes
très minces, les ulcères de jambe, les zones macérées telles que
la main ou le périnée). Chaque fois que possible, il faut aussi
placer des points de capiton sur toute la surface de la greffe,
et une attelle plâtrée sur le membre receveur pour éviter les
mouvements du sous-sol pendant 7 à 10 jours.
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Le bourdonnet est laissé en place pendant un
temps variable selon les cas de 1 à 7 jours environ. Son ablation est
impérative s'il existe de la fièvre, une douleur, une mauvaise odeur, ou
une rougeur périphérique.
Plus une greffe est mince, plus elle prend
facilement, mais moins elle est esthétique (texture, couleur) et plus
elle se rétracte ou, plus exactement, plus son sous-sol se rétracte. Une
greffe n'est jamais hypertrophique ou chéloïde, mais sa jonction avec la
peau normale, ainsi que sa zone donneuse peuvent l'être. Une greffe est
insensible au début. Lorsqu'une réinnervation sensitive survient, elle
est tardive (plusieurs mois) et de mauvaise qualité, et se fait par la
périphérie.
Malgré toutes les précautions techniques,
des complications sont possibles avec toutes les greffes, pouvant
aboutir à leur nécrose partielle ou totale. Celle-ci résulte soit d'une
ischémie (absence de revascularisation), soit d'une infection, soit des
deux à la fois.
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Les greffes cutanées sont classées suivant leur épaisseur histologique
en : peau mince et demi-épaisse,
peau totale, et greffes en pastilles. Les
greffes composées, d'indications très
spécifiques, et la peau cultivée, encore actuellement à l'état de
recherche, sont à mettre à part. |
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| GREFFES DE PEAU
MINCE OU DEMI-ÉPAISSE |
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Seule la couche basale de l'épiderme
est capable de mitoses. Si mince soit-elle, une greffe cutanée
doit, pour survivre durablement, emporter au moins cette couche
basale de kératinocytes. Les greffes de peau minces et
demi-épaisses emportent donc l'épiderme et une partie plus ou
moins profonde du derme : les greffes ultra-minces sont
prélevées au niveau des papilles dermiques et laissent donc en
place des crêtes de membrane basale, alors que les greffes
demi-épaisses respectent la partie profonde du derme, donc les
annexes épithéliales qui y sont contenues (racines des poils,
glandes sébacées et sudoripares).
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La zone donneuse de ces greffes cicatrise
par épidermisation insulaire spontanée, à partir des crêtes de la basale
laissées en place (peau mince), et des annexes épidermiques conservées
dans le derme (peau demi-épaisse). La durée de la cicatrisation de la
zone donneuse et son risque d'hypertrophie cicatricielle sont d'autant
plus grands que la greffe est épaisse. Les zones de prélèvement sont
habituellement les membres (surtout cuisses et fesses), mais peuvent
être aussi le thorax, l'abdomen, le dos, et le cuir chevelu.
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Le prélèvement est fait avec un
rasoir ou un dermatome. Tous ont une lame interchangeable à
usage unique. Parmi tous les modèles d'instruments, les plus
utilisés sont :
-
le rasoir manuel de Lagrot-Dufourmentel.
Félix Lagrot avait développé son rasoir pendant la
deuxième guerre mondiale, après avoir découvert en 1942
en Angleterre celui de l'américain Blair. Son rasoir
"rabot" s'aiguisait à chaque utilisation. Claude
Dufourmentel l'a perfectionné en introduisant la lame
interchangeable et le réglage d'épaisseur que nous
connaissons depuis lors. Robuste, simple et sûr, son
maniement correct nécessite toutefois une solide
expérience. Son réglage doit tenir compte de l'épaisseur
variable du derme d'un sujet à l'autre et, chez un même
patient, d'un endroit à l'autre. A ce sujet, l'épaisseur
de la greffe doit être contrôlée non sur la mollette de
réglage du rasoir, beaucoup trop imprécise et
inconstante, mais sur la qualité du saignement du site
donneur. Un piqueté hémorragique très fin correspond à
une greffe mince, un piqueté plus gros à une greffe
demi-épaisse. Il ne faut pas voir de lobules graisseux,
qui témoigneraient d'une prise totale du derme.
-
les dermatomes électriques ou
pneumatiques (Aesculap®, Padgett®,
Zimmer®, etc.) permettent de prélever pratiquement
sans entraînement de grandes bandes de peau assez
étroites, à bords rectilignes. On peut régler à la fois
la largeur du prélèvement, et son épaisseur d'une façon
plus fiable et reproductible qu'avec les rasoirs à main.
En moyenne, l'épaisseur du réglage pour une peau mince
est voisine de 12/100° de pouces, soit 2 à 3/10° de
millimètres.
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dermatome de Dufourmentel-Lagrot |
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dermatome Aesculap® |
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Quel que soit l'instrument utilisé
pour prélever la greffe, la zone donneuse doit être tendue aussi
parfaitement que possible et, si besoin, largement infiltrée au
sérum physiologique éventuellement adrénaliné. |
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Pansement
d'une prise de greffe de peau mince
Le but est de ne pas empêcher l’épidermisation
insulaire spontanée. Beaucoup de méthodes ont été, sont, et
seront proposées. La nôtre ne nécessite qu’un seul pansement,
réalisé au bloc opératoire le jour de l’intervention. Après
hémostase spontanée sous une compresse imbibée de sérum
adrénaliné, la zone donneuse est couverte par une épaisseur de
Corticotulle®, puis par des compresses stériles, puis des
pansements absorbants. L’ensemble est fixé avec des bandes
Velpeau et de l’Elastoplaste®, suffisamment solidement
pour pouvoir être laissé en place pendant 3 semaines. En
l’absence d’infection en effet, le pansement n’est pas changé,
ce qui évite les douleurs très importantes qui surviennent lors
de la mise à nu du derme exposé. Au bout de 3 semaines, le
pansement est retiré délicatement, et l’épidermisation de la
zone donneuse est le plus souvent obtenue. Sinon, le même type
de pansement est recommencé avec une fréquence variable jusqu’à
l’épidermisation.
Comme pour les brûlures, une
éventuelle infection du derme de la zone donneuse nous fait
prescrire de la Flammazine®.
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| greffe
en filet |
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Une greffe de peau mince peut être
utilisée :
- soit en bandes continues, au
besoin cousues entre elles pour couvrir les grandes surfaces.
Des perforations peuvent être pratiquées pour drainer les
sérosités et éviter le décollement de la greffe, en sachant
qu'elles laissent des cicatrices inesthétiques. La greffe peut
déborder les limites de la zone receveuse sans inconvénient
cicatriciel. Après l'ablation du bourdonnet, lorsque la greffe
est bien prise, un certain degré de séchage est utile : la
greffe peut être exposée à l'air quelques heures par jour avant
d'être recouverte par un pansement au Tulle gras®
ou au Vaselitulle®. Lorsqu'une greffe est
décollée par un sérome (exsudat séreux non hémorragique), elle
est nourrie par imbibition et peut prendre après évacuation de
l'épanchement. N'étant pas nourrie par imbibition, une greffe
décollée par un hématome souffre, d'autant plus que l'évacuation
de cet hématome a été tardive.
- soit en filet ("mesh-graft"),
pour multiplier la surface de greffe prélevée par un facteur
variable de 1,5 à 6 (le plus souvent 3). L'épithélialisation des
espaces situés entre les mailles du filet se fait secondairement
à partir de ces dernières. Cette méthode efficace mais
inesthétique n'est à utiliser que sur les zones receveuses de
très grande surface et/ou très suintantes (brûlures, grandes
mises à plat).
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Une greffe en filet est fixée par
quelques points périphériques et quelques points de capiton, et
couverte par un pansement au Corticotulle®.
Plus le suintement et/ou le risque infectieux sont importants,
plus le premier pansement doit être précoce, et plus la greffe
doit être laissée à l'air dans la journée (Corticotulle®
la nuit). Par rapport aux greffes de peau demi-épaisse, les
greffes de peau mince sont plutôt indiquées dans les cas où une
grande rétraction de la zone receveuse est recherchée pour être
traitée secondairement, et/ou chez les patients prédisposés aux
chéloïdes, pour éviter celle de la zone donneuse. |
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Pansement d'une greffe
Pendant les premiers jours, le but
est de maintenir la greffe aussi étroitement que possible contre
sa zone receveuse, qui doit être immobilisée aussi bien que
possible. Après ablation du bourdonnet, les pansements de la
greffe sont quotidiens et reposent sur les tulles et interfaces
au contact de la greffe, et sur les compresses dépliées pour
capitonner et protéger l’ensemble. Si une greffe de peau totale
doit absolument être maintenue en permanence sous un pansement
très gras pendant les premières semaines pour éviter la
dessication nuisible de sa surface, il n’en est pas de même pour
les greffes de peau mince ou demi-épaisses, qui peuvent être
exposées à l’air libre pendant quelques heures par jour pour
faciliter leur prise lorsqu’elle n’est pas parfaite d’emblée. |
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| GREFFES DE PEAU
TOTALE |
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Prélevées au bistouri, les greffes
de peau totale (GPT) emportent toute l'épaisseur de la peau,
épiderme et derme avec ses annexes pilo-sébacées. La zone
donneuse, incapable d'épidermisation insulaire à partir de son
sous-sol, doit être suturée. |
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Les zones de prélèvement possibles sont,
pour une greffe du visage, situées le plus près possible de la zone
receveuse : sur les paupières supérieures, devant et derrière les
oreilles, et à la base du cou au dessus de la clavicule. Sauf lorsque la
surface à greffer est très grande, les autres zones de prélèvement ne
sont pas utilisées pour le visage (très dyschromiques) : régions
inguinales et sus-pubienne, face interne du bras, pli du coude, pli du
poignet. La plus grande surface de peau totale prélevable est celle
d'une plastie abdominale. L'expansion préalable de la zone donneuse peut
être utile dans certains cas (enfant, séquelles de brûlure). |
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Le prélèvement est fait au bistouri.
La face profonde du derme doit être parfaitement dégraissée
(petits ciseaux pointus fins), surtout lorsque le derme est
épais. En fait, c'est la partie profonde du derme qui est
retirée sous le terme de "dégraissage". En règle générale, une
GPT est mise en place immédiatement après une excision
chirurgicale, sans attendre de bourgeonnement. L'existence de
réseaux vasculaires dermiques dans la greffe explique qu'une GPT
peut prendre "en pont" au-dessus d'une zone avasculaire si elle
n'excède pas 1 cm². Une GPT doit être suturée bord à bord à la
zone receveuse pour éviter une cicatrice en marche d'escalier.
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Après l'ablation du bourdonnet, lorsque la
greffe est bien prise, il faut éviter sa dessiccation par des pansements
quotidiens au Tulle gras®, Jelonet®
ou au Vaselitulle®. Même lorsque la greffe n'est pas
parfaite, il ne faut pas se précipiter pour l'exciser, et poursuivre
longtemps les pansements gras. Les avantages trophiques et esthétiques
de la GPT rendent très fréquentes ses indications au niveau du visage et
des mains |
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| GREFFES EN
PASTILLE |
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Très populaire chez les dermatologues, ce
type de greffe très inesthétique n'a pratiquement plus aucune indication
actuelle en chirurgie plastique, en dehors de certains ulcères de jambe.
En effet, elles prennent bien sur des sous-sol pauvrement vascularisés,
même en présence d'un certain degré d'infection. Une indication possible
est aussi la couverture de pertes de substances cutanées dans certains
cas d'épidermolyse bulleuse. |
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Chaque
pastille, de petite surface, est d'épaisseur variable, plus
importante au centre qu'en périphérie. La zone donneuse de
chaque pastille peut s'épidermiser spontanément à partir de ses
berges. Il est cependant esthétiquement préférable d'exciser en
fuseau et de suturer toute la zone donneuse des pastilles. Les
zones de prélèvement sont habituellement les plis inguinaux.
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Le prélèvement de chaque pastille est fait au
bistouri, en sectionnant le cône cutané soulevé par la pointe
d'une aiguille. Les pastilles sont posées sur la zone receveuse,
et maintenues en place par une grande feuille de Tulle gras®
ou de Vaselitulle®. Cette compresse, laissée
en place plusieurs jours, est recouverte par un pansement humide
renouvelé tous les jours |
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| GREFFES
COMPOSÉES |
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On appelle greffe
"composée" une greffe qui comprend 2 ou plusieurs tissus différents. Le
plus souvent, elle est composée de peau et de cartilage, ou de muqueuse
et de cartilage. L'emploi de ces greffes très particulières est réservé
aux reconstructions limitées d'oreille, de paupière, de nez. Comme
toutes les greffes, un greffe composée ne survit que si elle est
revascularisée par sa zone donneuse. Or la surface de contact avec
celle-ci est très limitée, et il existe donc un risque d'échec plus
important que celui d'une greffe cutanée conventionnelle. |
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GREFFES DE PEAU CULTIVÉE (voir aussi le chapitre de Bernard Coulomb) |
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Bien que les premiers travaux datent de la
fin des années 1970, le domaine des cultures de peau reste encore
largement à l'état de recherche et de développements. L'idéal serait de
pouvoir cultiver à la demande, en laboratoire, de la peau autologue,
composée à la fois d'un derme (pour ses propriétés mécaniques) et d'un
épiderme (pour sa fonction de barrière). Cela est techniquement possible
et a été démontré chez l'animal par Bell [1], puis chez l'homme par
Dubertret et son équipe [3]. Mais si elle présente des avantages
indéniables, les délais d'attente de cette culture sont trop longs pour
que cette technique soit applicable en pratique chez le grand brûlé. Les
techniques actuellement utilisées en clinique humaine dissocient donc
l'épiderme et le derme.
A partir de biopsies cutanées du patient,
réalisées si possible en zone pileuse pour avoir des cellules souches.
Il est possible d'obtenir en trois semaines 1 m² d'épiderme à partir
d'une biopsie de 2 cm². En fait, cet épiderme formé de kératinocytes de
culture pousse sur une couche de fibroblastes, selon la technique de
Rheinwald et Green [6], qui consiste à cultiver des fibroblastes jusqu'à
former une monocouche confluente dans les boîtes. Ces fibroblastes sont
alors irradiés de telle façon qu'ils puissent survivre, mais sans
pouvoir se diviser. Cette couche cellulaire nourricière est ensuite
ensemencée avec des cellules épidermiques. Très fragiles, les feuillets
épidermiques obtenus sont agrafés sur des compresses de gaze qui
permettent de les manipuler. Un support de fibrine est à l'étude [7].
Protégée par des brevets et commercialisée à l'échelle industrielle par
la firme américaine Genzyme Tissue Repair® de Boston
(ex-Biosurface Technology), cette technique permet de
reconstituer la barrière protectrice d'un épiderme autologue chez le
grand brûlé. Ses mauvaises qualités trophiques et esthétiques et son
coût prohibitif la réservent toutefois au traitement des brûlés de très
grande surface (au moins 60% de la surface corporelle brûlée au 3ème
degré) lorsque le pronostic vital est exclusivement lié à la surface
brûlée. Mais s'il est possible d'obtenir assez rapidement de l'épiderme
autologue de culture pour l'usage clinique, le derme équivalent idéal
sur lequel on puisse le greffer reste encore à trouver. Parmi les
possibilités actuelles, on peut citer :
-
l'allogreffe cryopréservée de peau de cadavre, qui permet d'abord de
couvrir le patient brûlé pendant que son épiderme repousse au
laboratoire, puis, une fois débarrassé par ponçage de l'épiderme
antigénique du cadavre [3], de servir de sous-sol à la greffe de
l'épiderme de culture.
- L'Integra®
est une matrice acellulaire de collagène (provenant de tendons
bovins) et de protéoglycanes (provenant du cartilage de requin),
recouverte d'une feuille de silicone [1]. Cette matrice est
progressivement vascularisée et colonisée par les fibroblastes du
patient, qui remplacent le collagène de la matrice par du collagène
autologue. Au bout de trois semaines, lorsqu'une vascularisation
adéquate de la matrice dermique a été obtenue, la feuille de
silicone est retirée et remplacée par une greffe de peau mince
autologue. Quant à la greffe de culture d'épiderme autologue sur ce
type de produit, il pose encore des problèmes non résolus.
- L'Appligraft®
de Novartis®, qui est une culture de fibroblastes
allogéniques dans un réseau de collagène, aboutissant à la formation
d'un derme équivalent sur lequel peut être greffée une culture de
kératinocytes autologues. Les recherches actuelles semblent en effet
aller dans la direction des greffes allogéniques (kératinocytes,
fibroblastes) en associant les concepts de thérapie et de culture
cellulaires, et en débordant largement les indications rares des
grandes surfaces brûlées pour s'intéresser aux petites surfaces des
plaies chroniques, considérablement plus fréquentes et donc
financièrement plus intéressantes pour l’industrie.
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| RÉFÉRENCES |
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1.
Bell E, Ehrlich P, Buttle D and Nakatsuji T.
Living tissue formed in vitro and accepted as skin-equivalent tissue of
full thickness. Science 1981, 211: 1052
2. Burke JF, Yannas
IV, Quinby WC, Bondoc CC and Jung WK.
Successful use of a physiologically acceptable artificial skin in the
treatment of extensive burn injury. Ann Surg
1981, 194: 413
3. Coulomb B,
Friteau L, Baruch J, Guilbaud J, Chrétien-Marquet B, Glicenstein J,
Lebreton-Decoster C, Bell E and Dubertret L.
Advantage of the presence of living dermal fibroblasts within in vitro
reconstructed skin for grafting in humans. Plast Reconst Surg 1998, 101:
1891
4. Cuono CB,
Langdon R, Birchall N, Barttelbort S and McGuire J.
Composite autologous-allogenic skin replacement: development and
clinical application. Plast Reconst Surgery 1987, 80: 626
5. Oshima H, Rochat
A, Kedzia C, Kobayashi K and Barrandon Y.
Morphogenesis and renewal of hair follicles from adult multipotent stem
cells. Cell 2001, 104: 233
6. Rheinwald JG and
Green H. Serial cultivation of strains
of human epidermal keratinocytes : the formation of keratinizing
colonies from single cells. Cell 1975, 6: 331
7. Ronfard V, Rives
JM, Neveux Y, Carsin H and Barrandon Y.
Long-term regeneration of human epidermis on third degres burns
transplanted with autologous cultured epithelium grown on a fibrin
matrix. Transplantation 2000, 70: 1588
8. Vilain R. Jeux de mains.
Arthaud, Paris, 1987 (353 pages)
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