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larvothérapie |
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Auteur : Pascal TOUSSAINT |
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(mise à jour : 2008) |
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L’utilisation de larves pour le traitement des plaies remonte à plusieurs siècles et s’est faite sur tous les continents. Les aborigènes australiens utilisaient des vers pour nettoyer les plaies depuis des milliers d’années. Ambroise Pare le premier en compris le bénéfice thérapeutique au 16ème siècle.(1) Sous le premier Empire, alors
qu’il soignait les blessés sur les champs de bataille, le Baron Larrey,
Chirurgien de Le
chirurgien William BAER
redécouvrit cette technique pendant la 1ère
guerre mondiale et fut à l’origine de son extension dans l’entre 2
guerres.(4)
L’engouement pour la larvothérapie s’amenuisa après la 2ème
guerre mondiale en raison de l’essor des techniques chirurgicales et
d’hygiène, et de l’utilisation plus large des antibiotiques. L’émergence
de souches bactériennes résistantes aux antibiotiques depuis 20 ans et
la curiosité des cliniciens ont ravivé l’intérêt pour cette technique.(3,5) |
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| LES LARVES | ||||||
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Parmi les nombreuses espèces de mouches, seules Lucilia sericata ou Phaenicia sericata conviennent à l’usage thérapeutique. En effet, leurs larves se nourrissent exclusivement de tissus morts à la différence des autres espèces qui consomment également les tissus sains. Lucilia sericata se développe selon les stades habituels de la métamorphose des insectes : les adultes peuvent se reproduire au bout de 7 jours et vivent environ 45 jours. Les femelles pondent de 2000 à 3000 œufs qui éclosent en donnant des larves. La vie d’une larve passe par 3 stades et cette phase de croissance intense dure jusqu’à 6 jours en milieu humide. Pendant cette période, elles se nourrissent de tissu nécrosé en multipliant leur poids par 100, tout en excrétant par leur tube digestif de nombreuses enzymes. Enfin, les larves rassasiées peuvent, dans des conditions d’environnement adaptées, subir une nouvelle transformation, donnant ainsi naissance aux adultes.(6) La culture de Lucilia sericata est relativement simple et les œufs faciles à manipuler. Leur production à usage thérapeutique impose des normes d’hygiène et de sécurité bactériologique. Les œufs stérilisés sont élevés dans des couveuses certifiées et stériles. Après éclosion, les larves sont conditionnées selon deux techniques : soit les larves sont utilisées « en liberté » sur la plaies et elles sont enfermées dans des flacons, soit elles sont maintenues dans des sachets stériles hermétiquement clos, les « biobags », qui seront posés directement sur les plaies.. Elles doivent être utilisées dans les 8 heures après éclosion ou conservées entre 8 et 10°c afin de ralentir leur métabolisme. |
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| MECANISMES D'ACTION DE LA LARVOTHERAPIE | ||||||
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La larvothérapie a trois intérêts essentiels : la détersion, la
désinfection et la promotion du tissu de granulation. |
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| Détersion | ||||||
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La détersion est une étape essentielle de la prise en charge des plaies chroniques. Elle consiste à débarrasser la surface des plaies des tissus nécrosés et de la fibrine. Le mode d’action détersif des larves reste encore imparfaitement connu et on évoque plusieurs mécanismes :
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Plusieurs études ont montré que les
larves excrètent des enzymes digestifs comme les carboxypeptidases A et
B, la leucine aminopeptidase ,
la collagénase, et
des sérines protéases.(7)
Ces enzymes liquéfient la fibrine qui est alors absorbée par les larves
à raison d’une consommation quotidienne estimée à · Une action mécanique n’est pas exclue : d’une part par le grouillement des larves sur la plaie et d’autre part, par une dilacération de la fibrine par leurs mandibules.(9) Cet effet probablement présent avec les larves en liberté sur les plaies, est toutefois limité avec l’utilisation des larves en sachets.
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| Désinfection | ||||||
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Dans la littérature, on trouve de nombreux articles évoquant le rôle désinfectant des larves.(5,10) Cette action repose lui aussi sur plusieurs mécanismes
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| Stimulation du tissu de granulation | ||||||
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Plusieurs études, concernant des ulcères de jambe, des escarres et des plaies de pieds diabétiques, font état d’une amélioration de la surface des plaies traitées par la larvothérapie avec la prolifération d’un tissu de granulation de bonne qualité et une cicatrisation plus rapide.(8, 18,19, 20) Initialement, on pensait que l’accélération de la prolifération cellulaire n’était due qu’à la stimulation mécanique du lit de la plaie par le grouillement des larves. Cet aspect « mécanique » ne peut cependant pas être retenu avec l’utilisation des larves en sachets. La détersion et l’effet désinfectant n’expliquaient pas tout et des recherches in vitro ont montré que les sécrétions larvaires stimulent la croissance des fibroblastes humains.(21) Cette action positive s’exerce soit directement, soit en potentialisant l’effet de certaines cytokines comme l’interleukine 6 et l’ EGF (Epidermal Growth Factor ) sur la croissance des fibroblastes. Un effet remodelant de la matrice extra cellulaire a également été évoqué : les sécrétions larvaires diminueraient l’adhésion des fibroblastes au collagène et à la fibronectine par un effet protéolytique, améliorant par là même la prolifération de néo tissu.(8,22) Enfin des quantités variables de cytokines pro cicatrisantes et de facteurs de croissances (IL1, EGF, PDGF, TGF beta, FGF et IGF) on été mis en évidence dans les excrétas larvaires mais des recherches sont en cours afin d’en connaître le rôle exact et l’éventuel intérêt thérapeutique. |
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| INDICATIONS DE LA LARVOTHERAPIE | ||||||
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La littérature concernant la larvothérapie
publiée avant les années 1990 est anecdotique. Depuis, son
indication est évaluée dans plusieurs revues pour des plaies
d’étiologies variées comme les ulcères de jambe, les escarres, les
brûlures, les plaies traumatiques, les moignons d’amputation, les plaies
cancéreuses. (6, 23,
24, 25) A côté de ces indications deux catégories de plaies
chroniques font actuellement l’objet de nombreux articles : les plaies
des pieds diabétiques
(19, 26, 27) et les plaies infectées par le SARM.(5,
7, 17) On trouve environ 200 références bibliographiques concernant 7000 patients traités par cette technique. L’intérêt principal est la rapidité et
l’importance de la détersion. Plusieurs études ont comparé la
détersion par les larves et celle réalisée par les hydrogels.(28)
L’application de larves permet de déterger 20% de la surface des plaies
par jour contre 1% en moyenne avec les hydrogels. Wolff et Hansson ont
évalué l’effet de la larvothérapie sur 74 patients porteurs de plaies
nécrotiques de différentes étiologies.(29)
Pour 86% de ces ulcères, la réduction du tissu nécrotique a été évaluée
entre 66 et 100%, dont 72 %
après un seul cycle de
traitement de 4 jours. En 2000, Kotb a traité des ulcères veineux et des
ulcères de pieds diabétiques par la larvothérapie avec une détersion
complète obtenue dans 95% des ulcères veineux et 64% des pieds
diabétiques.(30) Le deuxième intérêt de cette technique est sa sélectivité. La détersion des seuls tissus nécrosés permet un respect du tissu sain sous jacent. Le troisième intérêt repose sur le rôle
désinfectant de la larvothérapie, notamment avec l’émergence des
plaies infectées par des SARM. Dans les ulcères du pied diabétiques,
l’utilisation de larves a permis d’éradiquer des SARM
colonisant ces plaies et de limiter le taux d’infections post
opératoire. (31, 32)
Armstrong a par ailleurs montré que la larvothérapie
permettait de diminuer le risque d’amputation par cette action
anti infectieuse.(33) |
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| CONTRE-INDICATIONS ET EFFETS SECONDAIRES | ||||||
| Contre-indications (34) | ||||||
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| Effets secondaires | ||||||
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| UTILISATION PRATIQUE DES LARVES | ||||||
| Cadre légal | ||||||
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En France, il est possible d’avoir recours à la larvothérapie depuis 2006 exclusivement sous forme de « biobag » et uniquement dans le cadre d’une ATU nominative. Il est donc nécessaire d’adresser à l’AFSSAPS une demande d’utilisation en précisant l’indication pour chaque patient. La commande peut alors être adressée au laboratoire producteur qui assurera la livraison dans des délais suffisamment courts pour respecter le cycle des larves. |
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| Poser l'indication | ||||||
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Ce traitement a longtemps été considéré comme un traitement de dernier recours pour des plaies compliquées et résistantes aux soins classiques. En réalité, toutes les plaies fibrino nécrotiques, éventuellement infectées, peuvent bénéficier de cette indication. Le caractère rapide et peu douloureux de la détersion en fait une indication privilégiée dans les plaies douloureuses lors des soins, où chez les patients intolérants aux antalgiques de niveau II ou III. Dans l’expérience de notre service (non publiée), la larvothérapie a permis d’éviter une anesthésie générale chez des patients fragiles pour lesquels un geste de détersion chirurgicale avait initialement été retenu. |
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| Choix de la technique | ||||||
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Les « biobags » sont seuls autorisés en France. Il s’agit de sachets stériles, relativement opaques, dans lesquels les larves vivent au milieu de particules de mousse permettant de maintenir leur espace vital et autorisant leur croissance. Différentes tailles sont disponibles. Cette méthode de soin a plusieurs avantages par rapport à celle des larves appliquées en liberté sur la plaie : · facilité d’application sans contact avec les larves · aucun risque de fuite des larves. Le pansement secondaire est donc simple · le débridement est aussi efficace · le sachet peut être mis en place sur des plaies de topographie difficile comme des plaies périnéales ou des escarres ischiatiques. · le sachet est repositionnable au fur et à mesure du traitement permettant de traiter une plaie aux contours irréguliers. · les sachets peuvent être maintenus sur la plaie plus longtemps que les larves libres. · élimination facile en fin de traitement. |
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| Information du patient | ||||||
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Les patients doivent être avertis de l’utilisation de cette technique. L’intérêt du traitement et les différents effets secondaires doivent lui être expliqués clairement afin de lever les blocages culturels que suscitent un tel traitement. Un consentement écrit est souhaitable. |
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| Mise en place | ||||||
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La surface de la plaie doit être
absolument débarrassée des résidus de traitement préalables comme les
hydrogels.(42) · Une protection de la peau péri lésionnelle est indispensable avec une pâte à l’eau ou de la vaseline · Les sachets sont alors appliqués sur la plaie avec des pinces sans griffes afin d’éviter l’effraction du sachet. · Le sachet est recouvert par des compresses humidifiées au sérum physiologique. · Le pansement est maintenu avec des bandes non serrées afin d’éviter la mort des larves. Un appui excessif peut être responsable de douleur notamment dans le traitement des plaies d’étiologie artérielle. · Le pansement peut rester en place jusqu’à un maximum de 4 jours selon les recommandations de l’AFSSAPS, mais il pourra être refait régulièrement selon l’importance des exsudats liés au traitement. · Dès que la détersion est obtenue ou à la fin «officielle» du traitement, le sachet est éliminé dans un container DASRI |
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| Evaluation de l'efficacité | ||||||
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Une détersion complète permet de poursuivre la cicatrisation des plaies soit en cicatrisation dirigée soit avec une greffe. En cas d’efficacité incomplète, un traitement classique peut être poursuivi mais une deuxième application de larves est possible. |
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| INTERET ECONOMIQUE DE LA LARVOTHERAPIE | ||||||
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Wayman a démontré l’intérêt économique des larves
dans la détersion des
ulcères veineux avec un prix
moyen du traitement
de 79£ contre 136£ avec les hydrogels. Ces économies semblent liées à la
réduction du temps de détersion, et du nombre de jours d’hospitalisation.(43) Thomas a comptabilisé le nombre annuel de plaies chroniques (ulcères de jambe, escarres et pieds diabétiques) nécessitant une détersion non chirurgicale au Royaume Uni. Pour toutes ces plaies, il a évalué la durée et le coût de la détersion avec les moyens habituels de traitement et a comparé ces données avec celles rapportées aux larves. Une projection lui a permis d’envisager une économie de 160 million de £ si toutes ces plaies étaient détergées par larvothérapie.(28) Cette étude qui n’est pas forcément transposable dans le système français d’économie de la santé pose le problème de l’indication de la larvothérapie. Doit elle rester une technique de soin utilisable en dernier recours ou doit elle être proposée en première intention ? De nouvelles évaluations méritent d’être réalisées afin de répondre à ces questions. |
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| Les données de la littérature permettent d’envisager la larvothérapie comme un moyen efficace et rapide de détersion. Les notions récentes d’un effet anti bactérien ouvrent en outre de nouvelles perspectives. Les substances bactéricides découvertes dans les sécrétions larvaires pourraient être une alternative aux traitements antibiotiques systémiques pour des plaies contaminées, y compris par des germes résistants. L’avenir de cette technique passera peut être par l’inclusion de ces sécrétions dans des vecteurs topiques comme les hydrogels. (44) La levée des à priori culturels vis-à-vis des larves nécessite pour les patients comme pour le personnel soignant une information et une formation qui permettra sans doute de mettre en place des évaluations cliniques plus pertinentes. | ||||||
| Abréviations | ||||||
| REFERENCES | ||||||
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