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Diabète et cicatrisation |
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Auteur : Patrick VEXIAU, Didier ACKER Service d'endocrinologie diabétologie. Hôpital Saint-Louis, Paris |
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(mise à jour : 2008) |
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Les moyens thérapeutiques actuels ont fortement diminué le risque de
mortalité directement liée au diabète. En revanche, la survie prolongée
des patients et le vieillissement de la population des diabétiques
entraînent une augmentation très importante de la fréquence des
complications, qui sont responsables de l'accroissement exponentiel de
la morbidité et de la mortalité.
Les atteintes des membres inférieurs, en particulier les lésions des
pieds, sont coûteuses tant sur le plan humain que sur le plan économique
[1, 70]. Tous les types de diabètes, insulinodépendants ou non
insulinodépendants, sont exposés à ces complications. La prévention par
la surveillance des pieds des diabétiques et par l'éducation des
patients est capitale. |
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| EPIDEMIOLOGIE | ||
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La prévalence du diabète est difficile à établir en raison de son
caractère souvent latent et donc méconnu. Le diabète de type 1,
insulinodépendant (DID), a une prévalence de l'ordre de 0,25 % dans la
population générale. La fréquence du diabète de type 2, non
insulinodépendant (DNID), est moins bien connue. Aux USA en 1992, cette
fréquence est estimée à 3,1 % de sujets connus, le pourcentage des cas
méconnus est évalué à 1,8 % [40, 71]. La fréquence du diabète de type 2
traité est estimé en France à 3,2% de la population en 1999, 3,8% en
2006 soit 2 200 000 patients, avec une projection à 4,5% en 2016, soit 2
800 000 patients. On estime de plus en 2006 la fréquence des diabétiques
méconnus à plus de 500 000. Or ces diabètes méconnus, évoluent de façon
insidieuse et font le lit des complications. Cette augmentation de la
prévalence du diabète est imputable au vieillissement de la population,
à l'allongement de la durée de vie des diabétiques et plus encore à
l'augmentation du surpoids et de la sédentarité. De ce fait on parle de
pandémie dans le monde de l'obésité et du diabète qui évoluent
parallèlement. |
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| COMPLICATIONS | ||
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L'allongement de la vie des diabétiques du fait des progrès
cardiologiques, repoussant les décès d'origine coronarienne, s'est
accompagné d'une augmentation drastique des complications
cardiovasculaires et rénales, responsables actuellement de l'essentiel
de la morbidité et de la mortalité des diabétiques [46,63]. Ces
complications sont responsables des atteintes des coronaires, des gros
vaisseaux cervicaux et surtout des artères des membres inférieurs.
L'artérite est particulièrement fréquente et précoce chez les
diabétiques [26]. Elle serait 4,5 fois plus fréquente dans cette
population que dans la population générale. Elle est d'autant plus grave
qu'elle s'associe à la neuropathie et, surtout, elle est largement
favorisée par les autres complications liées au diabète, ainsi que par
les mauvaises conditions socio-économiques. Dans les populations
défavorisées, l'incidence de l'artériopathie est deux fois plus élevée
que dans la population générale [22].
Les complications cardiovasculaires sont liées aussi aux autres facteurs
de risque fréquents chez les diabétiques (hyperlipidémie, hypertension
artérielle, tabagisme...). Cela montre leur caractère multifactoriel et
la nécessité d'une prise en charge globale non seulement du diabète,
mais aussi des troubles lipidiques, de l'hypertension artérielle et du
tabagisme qui augmentent considérablement le risque de complications.
La fréquence de la neuropathie est fonction des explorations utilisées
pour en faire le diagnostic. Les troubles de la conduction nerveuse
mesurée à l'EMG sont pratiquement constants. Cette neuropathie joue un
rôle majeur dans la survenue de complications au niveau des pieds des
diabétiques [86].
Les
autres pathologies liées au diabète, ne doivent pas être sous-estimées
dans la survenue de complications au niveau des membres inférieurs. La
rétinopathie diabétique est la première cause de cécité non traumatique
avant l'âge de 65 ans dans les pays développés. La cataracte est la
seconde complication oculaire chez les diabétiques. Ces lésions
oculaires représentent une cause importante de non-dépistage des
complications au niveau des pieds, en particulier chez les sujets âgés
[19].
L'existence d'une insuffisance rénale augmente aussi considérablement le
risque de voir des complications au niveau des pieds. |
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| RISQUES TROPHIQUES CHEZ LES DIABETIQUES | ||
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On estime que 20 % de toutes les hospitalisations pour diabète sont
liées à des complications au niveau des pieds [3:3]. Dans 91,8 % des
cas, les amputations sont secondaires à des lésions de gangrène, de
nécroses, ou d'ulcérations. De plus, 33 % des patients diabétiques ayant
eu une amputation d'un côté, auront un geste chirurgical sur l'autre
membre dans les cinq ans. Dans la même période, la mortalité dans cette
population est de 50 à 75 %. Le risque de gangrène chez le diabétique
est multiplié par 17 comparé à celui de la population non diabétique
[58]. Ce risque est 10 fois plus élevé après l'âge de 65 ans. Le diabète
est responsable de plus d'un million d'amputations par an dans le monde.
En France ce nombre est estimé à 10 000 par an. Le coût moyen d'une
amputation est estimé entre 15 000 et 30 000 €. Or 50 à 70 % de ces
amputations ont pour point de départ une cause anodine et parfaitement
curable précocement par des soins simples. Dans de nombreux cas, ces
lésions auraient pu être évitées par une éducation adéquate du patient
[48].
En 1992, aux USA, le coût annuel moyen par diabétique connu, était
estimé à 11 157 dollars contre 2 604 dollars chez les sujets non
diabétiques. Ces chiffres évaluent les coûts directs seuls, et non les
coûts indirects liés au diabète (arrêts de travail" invalidité,
incapacité...). Ainsi en 1992, le coût des dépenses de santé liées au
diabète, représentait 11,9 % des dépenses totales. En 2006 ce coût est
supérieur à 15%. Cela souligne le problème de santé publique représenté
par le diabète et ses complications. Cette affection est parmi les sept
maladies les plus coûteuses des pays développés [70, 71]. Enfin, et
surtout, il faut savoir que le coût des soins d'un sujet diabétique sans
complication n'est guère supérieur aux dépenses de santé d'un sujet non
diabétique. En conclusion, une faible proportion de patients diabétiques
coûte très cher à la société, en raison de leurs complications,
notamment au niveau des membres inférieurs [81]. |
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| PHYSIOPATHOLOGIE | ||
Artériopathie
La macro angiopathie est extrêmement fréquente, d'autant plus
qu'existent d'autres facteurs de risques associés. Il faut la rechercher
à tous les étages. Même si l'atteinte distale est plus classique chez le
diabétique, les atteintes proximales sont possibles (30% des cas), et
d'autant plus importantes à rechercher qu'elles peuvent être accessibles
à un geste thérapeutique en particulier chirurgical [52,77].
La micro angiopathie, spécifique du diabète, atteint les petits
vaisseaux, les capillaires, avec une particularité liée à la neuropathie
associée. Celle-ci entraîne l'ouverture de shunts vasculaires artério-veineux,
responsables d'un vol vasculaire en aval au niveau de la
microcirculation. En conséquence, les pouls périphériques sont bien
perçus voire bondissants, alors qu'il existe des signes d'ischémie
distale. Ce phénomène justifiait la réalisation de sympathectomies
chirurgicales qui ne sont plus guère utilisées aujourd'hui.
L'exploration de l'artériopathie est particulièrement importante, car
elle s'associe de façon pratiquement constante à la neuropathie. Un
bilan lésionnel précis est indispensable pour poser les indications
thérapeutiques. L'exploration d'une artérite des membres inférieurs doit
permettre d'affirmer l'artérite, de préciser la topographie des lésions
et d'évaluer la sévérité de l'ischémie (38, 39, 52]. Cette artériopathie
est de plus en plus accessible à des gestes chirurgicaux bas situés. |
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La neuropathie
La neuropathie joue un rôle majeur dans la survenue des lésions des
membres inférieurs [6, 7, 28]. Son origine est essentiellement
métabolique par accumulation de sorbitol dans le nerf, responsable d'un
œdème, puis d'une destruction axonale [86]. La polynévrite des membres
inférieurs est la complication la plus fréquente, avec une diminution de
la sensibilité, une abolition des réflexes achilléens et rotuliens.
Cette neuropathie joue un rôle majeur d'une part sur les anomalies
fonctionnelles de la circulation des pieds (shunts) [74], et d'autre
part par la diminution de la sensibilité, en particulier, thermo-algésique.
La neuropathie fait disparaître la douleur en cas de lésions, or cette
douleur est un symptôme d'alarme [5,7,76]. C'est dire l'importance de la
prévention des complications par l'éducation des patients à la recherche
de ces atteintes au niveau des pieds [65,77].
Sur le plan physiopathologique, le mal perforant plantaire est la
manifestation la plus typique de la complication neuropathique du
diabète. Les shunts artérioveineux, responsables d'ischémie, entraînent
une sécheresse cutanée à l'origine de l'apparition de l'hyperkératose.
De plus l'atteint neurologique est responsable d'une atrophie des
muscles interosseux avec la perte de la régulation fine des mouvements
du pieds, ce qui est à l'origine de microtraumatismes, d'hyperpression
en particulier en regard des têtes des métacarpiens. Cette hyperkératose
cisaille les tissus sous-cutanés sous jacents, responsables
secondairement d'hématomes. Puis apparaissent les fissures qui vont
mettre en contact l'hématome et l'extérieur, responsable d'une
ulcération, constituant le mal perforant plantaire. La fonte musculaire
explique aussi avec le raccourcissement du tendon d'Achille d'un
équinisme et de déformations des orteils en marteau, exposant la pulpe
des orteils et le dessus des orteils à la constitution de cor. |
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Les infections
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Les infections des pieds chez les diabétiques sont multiples. Il faut
différencier les infections cutanées superficielles, en particulier les
mycoses, des complications bactériennes, responsables des surinfections
voire de cellulites qui entraînent des infections profondes avec un
risque général majeur.
Les mycoses
Les mycoses des pieds sont fréquentes et dominées par les
dermatophyties. On rencontre aussi des atteintes par levures et plus
rarement par moisissures.
Le diabète mal équilibré peut favoriser leur développement et leur
extension rapide. L'onychomyco-dystrophie responsable des complications
trophiques et infectieuses, est liée en grande part aux caractéristiques
biomécaniques du pied et des orteils dans la chaussure.
Intertrigo et onychomycose sont habituels [3]. L'intertrigo se présente
comme 'Une petite desquamation se compliquant d'une fissure du fond des
espaces interdigitaux, particulièrement le quatrième. Le prurit est
variable. Il peut s'étendre sur le dos du pied, sur la plante, ses bords
latéraux et jusqu'à la cheville. L'atteinte cutanée prend des aspects
variés: simple desquamation, hyperkératose, lésion vésiculo-bulleuse ou
pustuleuse (à différencier d'une dyshidrose ou d'un psoriasis). Il faut
éliminer un cor interdigital (œil de perdrix) macéré et plus ou moins
surinfècté.
Le champignon peut coloniser les ongles. Le mode de pénétration
conditionne les quatre grandes formes cliniques [91] :
.L'atteinte sous-unguéale disto-Iatérale avec une forme hyperkératosique
sous-unguéale (le champignon pénètre sous l'ongle dans la couche cornée
de l'hyponichium et du lit unguéal; l'envahissement progresse vers la
région proximale, il peut entraîner une onycholyse secondaire) et une
forme avec onycholyse primitive (l'ongle est décollé par exemple par
chevauchement du deuxième orteil sur la partie latérale de l'ongle du
premier).. L'atteinte sous-unguéale proximale se présente sous deux
formes: la leuchonychie (l'infection se fait à partir de la face
profonde du repli sus-unguéal) et l'onyxis secondaire à une paronychie
chronique (fréquemment candidosique).
La
leuchonychie superficielle, petits îlots blancs opaques à limite nette,
à Trichophyton rubrum est le plus souvent interdigitale.
L'onycho-myco-dystrophie peut être primitive, correspondant au granulome
candidosique (atteinte d'emblée de tous les tissus de l'appareil unguéal
avec réaction inflammatoire importante allant jusqu'à un aspect
pseudo-hippocratique). L'onycho-mycodystrophie totale peut également
être secondaire. L'aggravation des lésions sous-unguéales se fait vers
une atteinte complète de l'ongle avec lame friable, en bois pourri, avec
des réactions hyperkératosiques qui entraînent des effets mécaniques au
pourtour, dans les sillons, sur le lit unguéal, sur les orteils
adjacents d'autant plus qu'existe un trouble stato-dynamique (erectus,
griffes).
Les complications sont le fait de surinfections à staphylocoques
(cellulite, diffusion en profondeur vers les articulations et les gaines
synoviales), streptocoques (érysipèle), Proteus, Escherichia coli, d'infections
virales (verrues mosaïques sur intertrigo interdigital) ou enfin de la
greffe d'un épithélioma spinocellulaire comme sur toute plaie chronique.
Il faut encore noter que toute onychopathie n'est pas forcément
mycosique; très souvent s'installe une dystrophie unguéale mécanique par
troubles statiques et dynamiques qui, par les forces physiques qu'ils
exercent, influencent la forme et les caractères de l'appareil unguéal.
Tout aspect anormal, non expliqué de l'ongle, doit faire craindre une
lésion tumorale, d'où l'importance de la biopsie.
Les infections bactériennes
Les maux perforants plantaires sont souvent surinfectés. L'existence
d'une inflammation locale avec écoulement purulent et signes de
lymphangite, témoigne de cette infection. La sévérité est variable,
allant de l'infection localisée à la possibilité de processus nécrotique
avec fasciite ou de lymphangite remontant dans les gaines des tendons.
Les infections sont le plus souvent causées par des agents aérobies,
cocci Gram positif, en particulier le staphylocoque doré ou le
streptocoque. L'existence de germes à Gram négatif est fréquent aussi,
Escherichia coli, Klebsielles, et Proteus [36, 42, 50, 51]. Les germes
anaérobies sont classiques mais ils sont rares, ils peuvent être
responsables des lésions extensives graves comme la gangrène gazeuse
[87]. |
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| EXAMEN CLINIQUE | ||
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L'examen clinique se présente différemment en fonction des
circonstances: examen à froid, en prévention primaire ou secondaire de
complications aiguës, circonstances subaiguës, ou encore en urgence
devant des signes d'ischémie, d'infection... |
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Examen clinique du pied
L'examen clinique n'est pas différent de celui d'un pied non diabétique.
Quelques points sont plus spécifiques et relatifs aux risques
trophiques. Dans la très grande majorité des cas, l'examen clinique
seul, permet de poser les indications et d'adapter la thérapeutique. En
tout premier lieu, il faut savoir apprécier l'existence et l'importance
d'une neuropathie et d'une artériopathie, dont dépendent la tactique et
le suivi thérapeutique.
L'examen débute dès l'entrée du patient. Déjà, les caractéristiques de
la marche commencent à être enregistrées. Son autonomie fonctionnelle
nécessite-t-elle une aide à la marche? est-il accompagné? se
déchausse-t-il et se dévêt-il seul et de quelle manière? On note l'état
de la chaussure et la qualité de son entretien, l'état des chaussettes
et leur propreté.
L'appréciation de la symptomatologie fonctionnelle (claudication
intermittente, douleur de décubitus, troubles trophiques), la palpation
et l'auscultation des artères, la coloration et le temps de recoloration
cutanée permettent de poser le diagnostic de l'artérite et renseignent
sur sa sévérité. La présence de souffles et l'abolition des pouls
permettent d'évoquer le niveau des lésions.
Le pied du diabétique peut être ischémique ou neuropathique. En fait les
deux types d'atteinte s'associent de façon variable [86]. Différencier
l'origine plutôt ischémique ou plutôt neuropathique est important pour
la thérapeutique. Typiquement, le: pied ischémique présente des lésions
douloureuses, une absence de pouls périphériques, des lésions de
localisation distale, en particulier au niveau des orteils, une absence
d'hyperkératose. Le pied neuropathique est plutôt indolore avec présence
des pouls, lésions aux points de pression, formation d'une hyperkératose
aux points d'appui et de frottement et augmentation du flux sanguin.
L'examen doit rechercher les déformations du pied, l'atrophie des
muscles interosseux, l'aspect de pied creux, une arthropathie avec
destruction de la structure osseuse, dont le stade ultime réalise le
pied cubique de Charcot [16, 72]. L'existence d'une hyperkératose
localisée, particulièrement en regard des têtes métatarsiennes, de
l'appareil sésamoïdien, des articulations inter phalangiennes et des
pulpes des orteils, ainsi que de la tubérosité du cinquième métatarsien,
traduit les points de fragilité et de surcharge mécanique où le risque
d'apparition de maux perforants est maximal [7-10, 20] (figé: 13.2). La
couronne talonnière est souvent le siège d'une hyperkératose fissuraire.
La xérose et la sécheresse cutanée fragilisent la barrière
dermo-épidermique.
La palpation étudie l'état du capiton plantaire. Toute tache violacée
surtout si elle est cernée d'un halo inflammatoire, tout hématome
sous-kératosique [5, 7, 76] et toute cellulite sont des urgences
thérapeutiques.
L'étude de la sensibilité superficielle et de la sensibilité profonde
est essentielle. L'étude par le « pique-touche », le diapason qui-
explore la sensibilité vibratoire profonde, mais aussi une sensibilité
plus superficielle (récepteurs dans le derme profond), est grossière.
L'analyse fine avec un fil de nylon flexible, permet une étude beaucoup
plus sensible des zones à risque [5, 12]. La recherche des réflexes
ostéo-tendineux rotuliens et achilléens complète l'examen.
Les espaces interdigitaux sont examinés après un éventuel nettoyage. Les
dystrophies unguéales, souvent compliquées de mycoses, sont appréciées
quant à leur répercussion mécanique sur les sillons.
L'enraidissement des articulations métatarsophalangiennes, les griffes
d'orteils mettent en péril l'harmonie de la répartition des charges sur
l'avant-pied. Les zones à risque se situent à l'avant-pied et au talon.
La mise en dorsi-flexion permet de vérifier l'intégrité de l'axe de la
colonne médiale talo-naviculo-cunéenne et de rechercher la présence
d'une diminution de la flexion dorsale surtout en cas de neuro-arthropathie
avec risque d'effondrement médial. La tête du talus, l'os naviculaire,
voire l'os cunéiforme médial peuvent se trouver alors en contact avec le
sol et causeront une plaie par surcharge localisée [22,31].
L'examen se poursuit par l'examen podoscopique en insistant sur l'étude
semi-dynamique en mettant le patient en position unipodale puis en le
faisant marcher sur place. Cela permet de « décortiquer» les
caractéristiques biomécaniques du pied et de noter les déviations, les
mouvements des différents segments osseux qui amènent la prescription
raisonnée et adaptée des différentes orthèses. On poursuit par l'étude
de la marche pieds nus puis chaussés. L'examen doit permettre de mesurer
les points de pression maximale que certains étudient par des moyens
informatiques dont la fiabilité reste discutée [8, 14,15, 82].
L'usure de la chaussure dans toutes ses composantes (tige, semelage) met
le point final à l'examen podologique.
Au total, on aboutit à la définition d'un risque trophique qui augmente
avec l'âge, la neuropathie, l'artériopathie, les désorganisations
architecturales et stato-dynamiques, les mauvaises habitudes d'hygiène
et de chaussage, le bas niveau social et économique, le mauvais contrôle
de la glycémie, que le patient soit ou non sous insuline. |
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Examen général
L'examen du pied du sujet diabétique doit s'intégrer dans un examen plus
général, avec:
·
Un examen cardiovasculaire complet, recherche de souffles vasculaires,
en particulier au niveau des vaisseaux du cou, prise de la pression
artérielle...
·
L'examen rhumatologique qui est particulièrement important. Il recherche
la distance minimale œil-pied, précise si le patient peut voir la plante
de ses pieds; cet examen complété par la mesure de l'acuité visuelle est
fondamentale pour apprécier le degré d'autonomie dans la surveillance et
donc dans la prévention des lésions des pieds [19].
·
La recherche de signes en faveur d'une infection, mais la fièvre et
l'hyperleucocytose sont inconstantes [37, 61]. Or, il est capital pour
la thérapeutique d'apprécier l'importance de l'infection et de son
extension dans les parties molles vers l'os. La présence de signes plus
généraux d'infection, en particulier de septicémie, est un facteur de
gravité. |
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| EXAMENS PARACLINIQUES | ||
Clichés sans préparation
Les radiographies sans préparation peuvent permettre d'évoquer un
anévrisme aortique calcifié et de visualiser d'autres calcifications
vasculaires, en particulier en cas de médiacalcose, ce qui présente un
intérêt si une intervention chirurgicale est envisagée. Les
radiographies mettent aussi en évidence une déminéralisation osseuse, et
à un stade de plus, une destruction osseuse avec arthropathie (fig.
13.3), ou encore la présence d'une ostéite ou d'une ostéoarthrite en cas
de troubles trophiques. L'absence d'atteinte corticale élimine une
ostéomyélite; en revanche, la destruction de la corticale ne permet pas
d'affirmer l'existence d'une infection osseuse. En effet, il est parfois
difficile de différencier les lésions d'ostéites ou d'ostéo-arthrites,
des lésions de neuropathie avec une ostéo-arthropathie qui s'accompagne
d'une ostéoporose sévère [44, 61]. Le diagnostic différentiel est
d'autant plus difficile que les deux types d'atteintes coexistent
souvent. Examens vasculaires
Mesure des pressions systoliques à la cheville
Un appareil doppler mesure les pressions systoliques à la cheville, ce
qui permet d'affirmer l'artérite, d'évaluer dans une certaine mesure sa
gravité et de suivre son évolution. Mais chez les diabétiques, la
médiacalcose est fréquente et peut rendre les artères incompressibles.
Échographie en temps réel couplée au doppler
L'échographie détecte les sténoses et les occlusions et, couplée au
doppler, permet d'en apprécier le caractère hémodynamiquement
significatif ou non, au repos et à l'effort.
Mesure transcutanée de la pression partielle d'oxygène (TcPO2)
Outre sa simplicité et sa très grande reproductibilité, cette méthode a
comme principal atout de mesurer un paramètre qui ne concerne que la
peau et exclusivement le débit sanguin nutritif. La TcPO2, du dos du
pied peut être rapportée à la pression mesurée à l'aide du même
dispositif au niveau du revêtement cutané du thorax en position
sous-claviculaire. Ce rapport définit l'index de perfusion régionale
(IPR en p 100 = TcPO2, dos du pied/TcPO2, thorax x 100) f [27]. La
valeur limite de la TcPO2, au-dessous de laquelle il paraît illusoire
d'espérer la cicatrisation, d'un trouble trophique est de l'ordre de 30
mmHg. Contrairement à la prise des pressions systoliques à la cheville,
la TcPO,2 est utilisable en cas de médiacalcose. Lorsqu'il existe un mal
perforant plantaire, la responsabilité de la neuropathie périphérique ne
fait pas de doute, mais une artérite sous-jacente peut compromettre la
cicatrisation de la plaie. Une pression systolique de l'hallux
supérieure à 50 mmHg élimine la responsabilité d'une macroangiopathie
associée, et une TcPO2, supérieure à 30 mmHg à proximité du trouble
trophique est un indice favorable de cicatrisation sous traitement
médical [64, 89].
L'artériographie,
L'artériographie reste irremplaçable chaque fois qu'une solution de
revascularisation est envisagée, qu'elle fasse appel à la chirurgie ou à
l'angioplastie endoluminale. Les angiographies numérisées permettent de
limiter l'apport de produit iodé. Néanmoins, il s'agit d'un examen à
risque chez ces diabétiques vasculaires qui présentent souvent une
insuffisance rénale. La survenue d'une aggravation de celle-ci au
décours de l'examen nécessite une surveillance étroite [4].
Bien programmer les examens radiologiques est essentiel; la plus
importante cause d'insuffisance rénale aiguë est la succession des
examens avec injection de produits iodés: artériographie des membres
inférieurs, puis gerbe aortique en préopératoire devant une sténose
carotidienne... De plus les traitements par biguanides doivent
impérativement être arrêtés 48 heures avant, en raison du risque
d'acidose lactique Examens complémentaires à la
recherche de lésions infectieuses
Les prélèvements bactériologiques avec antibiogramme, doivent être
réalisés. Les prélèvements doivent être faits le plus profondément
possible, pour éliminer les contaminations liées à des germes
saprophytes superficiels [51, 7J, 87]. Apprécier l'extension de
l'infection et en particulier l'existence ou non d'une atteinte osseuse,
est capital, mais parfois difficile. Certaines équipes préconisent la
réalisation de biopsies chirurgicales osseuses pour permettre d'isoler
le germe responsable de l'infection en profondeur en cas d'ostéïte.
La scintigraphie au TC-99m [44] ou la scintigraphie aux polynucléaires
marqués [44, 61] peuvent préciser l'existence d'une lésion osseuse
infectée en l'absence de signe inflammatoire cutané important. En effet
s'il existe des signes inflammatoires, la fixation diffuse ne permettra
pas d'affirmer ou d'infirmer l'atteinte osseuse. En revanche, devant une
lésion peu inflammatoire sur le plan superficiel, la scintigraphie peut
préciser s'il existe ou non une fixation pathologique au niveau osseux
[29, '54, 85]. |
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| TRAITEMENT | ||
Traitement préventif
L'éducation
L'éducation est tout à fait fondamentale pour apprendre aux patients à
dépister et surtout à prévenir les lésions des pieds [23, 77]. Le taux
global d'amputation sur la même population à l'hôpital cantonal de
Genève a diminué de moitié entre 1970 et 1978 après la mise en place
d'une structure d'éducation. De plus, au sein de la même équipe
chirurgicale, le niveau de ces amputations a été modifié par un
diagnostic beaucoup plus précoce. Ainsi, chez les sujets non éduqués,
ayant subi une amputation, 67 % ont eu une amputation à mi-jambe et 33 %
seulement une amputation d'orteil, alors que sur la population de
diabétiques instruits, seuls 14 % subissaient une amputation à mi-jambe
et 86 % une amputation d'orteil. On notait un rapport de 1 à 11 pour les
patients amputés, selon qu'ils étaient préalablement correctement
éduqués ou non. De même la durée du séjour passait de 10 à 1 journée par
an en moyenne, selon qu'ils avaient été ou non éduqués [1] .
Soins, hygiène
L'attention et les soins que le diabétique doit porter à ses pieds, doit
prévenir de très nombreuses complications trophiques. Des mesures
simples de prévention représentent le fondement de la prise en charge
podologique. À chaque consultation, il faut s'assurer que le patient et
son entourage les ont bien comprises, et en vérifier leur application
[22]. Il ne faut pas se lasser de les répéter même si cela paraît
parfois banal et fastidieux dans la réalité quotidienne.
Dix mesures sont essentielles [12].
·
Examen quotidien des pieds, dans le détail, notamment entre les orteils.
Toute modification cutanée ou unguéale est suspecte: couleur, forme,
volume, consistance. Si l'acuité visuelle ou les performances
fonctionnelles sont insuffisantes, une tierce personne de l'entourage
doit être formée à ces mesures.
·
Lavage des pieds à l'eau courante du robinet avec un savon simple ou
surgras au gant. Les bains de pieds fragilisent la barrière cutanée; on
préfère l'eau courante (douche) à l'eau stagnant; le rinçage est
important de même que le séchage, spécialement entre les orteils avec un
linge réservé aux pieds.
·
.Hydratation et graissage de la peau très souvent sèche, chaque jour,
matin et soir, sauf entre les orteils; ne jamais utiliser de coricide,
ne jamais gratter, ni poncer, ni râper la peau. Plus la peau retrouve de
la souplesse, plus elle résiste aux agressions.
·
Coupe des ongles avec une pince nettoyée après chaque usage à l'eau de
Javel; ne jamais couper trop court ou en biseau dans les coins qui
peuvent être limés avec une lime en carton jetable. Toujours appliquer
en fin de coupe une solution antiseptique. Une mauvaise vue ou un
handicap fonctionnel peuvent rendre impossible la coupe par le patient
lui-même. Une personne entraînée de l'entourage ou un pédicure doivent
alors réaliser cette coupe. Les ongles épaissis, sales, onycho-myco-dystrophiés
sont plutôt meulés avec des fraises spéciales que coupés [21].
·
Les hyperkératoses sont nettoyées sans faire saigner; il faut savoir
laisser une fine lame d'hyperkératose plutôt que de blesser la peau. Là
encore, une application d'antiseptiques en fin d'opération s'avère
nécessaire. Ce nettoyage est effectué par un professionnel averti et en
connaissant les risques [21,90].
·
Traitement immédiat de toute plaie avec un antiseptique puissant
(l'alcool n'en est pas un) après lavage et rinçage abondant à l'eau du
robinet; elle est couverte par une fine compresse (stérile en sachet
unitaire) et fixée par un film tissé hypoallergénique sans serrer ni
coller trop fortement et sur une trop grande surface cutanée. Puis il
faut consulter rapidement son médecin. La vaccination contre le tétanos
est vérifiée. Le froid ou le chaud sont redoutés: c'est le cas pour un
patient qui se réchauffe directement sur une source de chaleur,
radiateur, bouillotte, couverture chauffante, ou près du feu... Le
çhaussage est particulièrement et soigneusement choisi. La marche pieds
nus, à la maison ou à la plage, est interdite chez les patients porteur
d'une neuro- et/ou artériopathie. Chaque jour, le patient doit vérifier
avec sa main l'absence de corps étranger dans l'intérieur de la
chaussure j il vaut mieux porter deux paires de chaussures en
alternance. Les bas et les chaussettes ne comportent pas dans leur
partie haute un serrage j la partie distale se termine maille à maille
et ne doit pas comporter de nœud terminal. Le choix ne se porte pas
uniquement sur du coton pur mais aussi sur du coton mélangé à d'autres
fibres. La texture du tissu doit être douce au toucher. Toute
hésitation, toute incertitude impose une consultation médicale même si
cette interrogation paraît banale en sachant que la douleur ou son
absence n'est pas un critère obligatoire de gravité. Traitement podologique
La neuropathie et l'artériopathie
personnalisent la spécificité et la fragilité du pied diabétique dont
les complications trophiques doivent et peuvent
être évitées. Tout doit être fait pour supprimer et surtout prévenir
toute agression exogène (soins locaux et hygiène inadaptés, mauvais
chaussage, chocs et traumatismes mécaniques et thermiques), toute
agression endogène (surcharges par désorganisation architecturale ou
par trouble stato-dynamique, aggravation par la sécheresse et la finesse
de la peau et/ou par la fonte du capiton plantaire)
En effet, toute contrainte locale prolongée aboutit inéluctablement si
rien n'est fait à l'amputation et au désastre trophique et fonctionnel
avec son coût économique, social et psychique [60]. Traitement des plaies
Les soins locaux se font au cours d'une consultation habituelle. Toute
zone hyperkératosique, inhomogène, hématique, cernée par un halo
inflammatoire même minime doit être dégagée à la recherche d'une
ulcération, d'une collection suppurée, d'une fistule sous-jacente.
Dans le cas d'une plaie de type artériel, souvent douloureusement
exquise, il est nécessaire d'être prudent et de pratiquer un nettoyage
limité aux tissus nécrosés et momifiés, à condition d'avoir pu noter un
début de bourgeonnement sous-jacent et l'apparition d'un saignement. Une
application préalable d'anesthésiques locaux permet de supprimer ou
d'atténuer la douleur.
Dans le cas d'une ulcération neuropathique, il est nécessaire de
pratiquer un débridement large au bistouri et à la pince convexe
coupante excisant les zones hyperkératosiques et le tissu scléreux, en
recherchant un sous-sol saignant au contact de la curette. La détersion
est plus mécanique que chimique. Il faut faire saigner. Le
parage-nettoyage est facilité par l'absence de douleurs en relation avec
la neuropathie et doit être renouvelé si besoin à chaque visite.
Habituellement, il ne nécessite donc pas d'anesthésie ni de bloc
opératoire. Il suffit d'un minimum d'asepsie (instrumentation, gants,
champs stériles, bavette) L'atteinte ostéo-articulaire impose un
curetage osseux et l'ablation des séquestres.
Il n'existe pas de produit miracle pour la cicatrisation, et l'on doit
privilégier d'abord la suppression de la surcharge, de la friction, du
conflit en regard de la plaie par le repos au lit, les orthèses, les
prothèses, les immobilisations plâtrées ou en résine, les articles
chaussants, les chaussures spécialisés ou les chaussures sur mesure
[11, 59, 62]. Les topiques utilisés répondent à des critères
antiseptiques et antibiotiques, et au besoin de générer un microclimat
humide pour favoriser le bourgeonnement ou plus sec pour l'épidermisation.
Les antiseptiques et antibiotiques de choix sont la polyvidone iodée, la
mèche iodo-formée, la chlorhexidine, l'hexomédine et la ryfamycine. Ils
sont d'autant plus indiqués qu'existe une infection à staphylocoques
[47]. Il faut savoir arrêter leur application car ils peuvent être
toxiques en limitant le processus de bourgeonnement, il faut user alors
de sérum salé isotonique stérile [47, 49]. L'action mécanique d'un
lavage à la seringue ou même à Ja douchette avec l'eau du robinet est
bénéfique. On peut utiliser au mieux un Karcher médical qui permet une
très bonne détersion indolore.
Les cicatrisants sous toutes leurs formes (poudre, liquide, pommade,
hydrocolloïdes, produits naturels tels que le sucre ou le miel) sont
innombrables. Les applications in situ d'insuline n'ont pas leur place.
Les pansements hydrocolloïdaux sont de maniement délicat sur les plaies
artérielles, c'est pourquoi l'on préfère le tulle gras simple ou les
compresses imbibées de sérum physiologique isotonique stérile. Pour
sécher à la phase d'épidermisation, on applique de l'éosine aqueuse à 2
% [41,88]. Les traitements par des facteurs de croissances n'ont pas
encore fait la preuve absolue de leur efficacité [55,45, 8]. Chirurgie [34]
Il Y a peu de place pour les amputations situées entre les interventions
transmétatarsiennes et celles situées au tiers inférieur de jambe. En
effet les amputations transmétatarsiennes trop hautes de même que les
interventions réalisées dans l'articulation tarso-métatarsiennne,
l'articulation transverse du tarse ou intéressant le calcanéus ou le
talus, entraînent un risque non négligeable de nécrose du fait des
décollements tissulaires et cutanés qu'elles impliquent. Ces
amputations sont responsables de désordres biomécaniques avec varisation
et verticalisation du calcanéus auxquels il est souvent impossible de
remédier du fait de la fragilité osseuse neuro-arthropathique ou du
terrain artériopathique. L'appareillage est alors trop dangereux du fait
de l'exposition mécanique du moignon.
Un pied amputé en transmétatarsien est chaussable dans un modèle de
chaussure standard de ville. L'appareillage d'un amputé de tiers de
jambe comporte moins de risque trophique sur le moignon et sa
périphérie; la remise en charge est plus rapide.
L'amputation d'un orteil crée un vide qu'il est très difficile de
contrôler par une prothèse qui ne peut garder en rectitude les rayons
adjacents sans risque de les blesser: Hormis l'amputation de l'hallux
qui est très pénalisante biomécaniquement, l'amputation de tout un rayon
avec le métatarsien correspondant semble réduire ce risque. Mais dans
les deux cas, les transformations architecturales modifient le rapport
des forces sur les rayons adjacents. Il faut surveiller ce risque et
éventuellement mieux répartir les pressions par une orthèse plantaire.
S'il y a indication d'amputation de plusieurs orteils d'un même côté, se
pose le problème d'amputer le ou les orteils restants pour faciliter
l'appareillage et la fonctionnalité. L'indication d'amputation est
posée en fonction de la perfusion sanguine et/ou de l'atteinte
ostéïtique mais doit aussi tenir compte des possibilités d'appareillage
avec le minimum de risque trophique sur le moignon et avec les
meilleures possibilités fonctionnelles [34,35,56].
La chirurgie correctrice de l'avant-pied est limitée et contre-indiquée
en cas d'artériopathie, que celle-ci soit liée à une micro- ou à une
macro-angiopathie, en raison des problèmes de cicatrisation qui en
découlent.
L'incarnation unguéale doit être systématiquement et précocement
traitée; trop d'amputations lui sont imputées alors que le remodelage
matriciel de l'ongle est radical et définitif. La cure d'un hallux
valgus ou d'une désorganisation d'autres rayons ne pose pas de problèmes
différents de ceux d'un non diabétique. Les orthèses plantaires
Elles prennent toute leur spécificité en cas de terrain neuro-artériopathique.
Le chaussage doit leur laisser suffisamment de place pour qu'elles
exercent leurs effets de décharge sans trop diminuer le volume du
chaussant et par exemple entraîner une friction des orteils sur
l'empeigne. Il faut savoir être intraitable dans le choix d'un modèle et
ne pas hésiter à prescrire une chaussure ou un article chaussant
spécialisé ou une chaussure sur mesure. Les orthèses doivent pallier une
désorganisation architecturale ou un trouble stato-dynamique qui
engendre une surcharge plantaire localisée, ponctuelle, le plus souvent
en regard d'une tête métatarsienne, des sésamoïdes, des pulpes des
orteils ou des talons. En l'absence de compensation se crée,
habituellement, une réaction kératosique (durillon, cor) qui se comporte
comme un corps étranger, puis, il y a saignement sous-jacent. Ce
dernier, témoin de la rupture de la barrière dermo-épidermique, laisse
le champ libre à la surinfection et à son extension aux tissus profonds
jusqu'au pIan ostéo-articulaire. L'orthèse plantaire doit supprimer
l'hématome sous-kératosique en diminuant les forces d'appui et de
cisaillement. Pour cela, leur base est en mousse pour donner un effet de
pneumatisation générale. Le liège et les matériaux trop durs ne sont pas
indiqués. On retrouve les éléments orthétiques habituels, barre GU appui
rétro capital, hémicoupole an té rio risée qui diminuent la pression en
regard des têtes et des sésamoïdes, talonnettes de différentes
densités, strates de matériaux différents, thermoformage et
thermo-moulage permettant un réglage fin des appuis. Elles deviennent
orthèses-prothèses lorsque l'on inclut un embout remplaçant les rayons
amputés (amputation trans-métatarsienne), une languette pour prendre un
contre-appui sur le dos du pied, une coque talonnière.
Leur contrôle se fait après un délai d'utilisation très court et au
début l'orthèse plantaire doit être considérée comme transitoire.
L'essai au porter avec ses résultats macroscopiques guide leur
adaptation.
Très rapidement s'impriment sur l'orthèse les zones ponctuelles ou
s'exercent des forces dangereuses pour la trophicité; il est alors
facile de mieux répartir les charges par rapport à un col de
métatarsien, à l'appui de l'os naviculaire et ou par rapport à la pulpe
des orteils.
La persistance d'un épanchement hématique sous-kératosique impose de
monter les cotes. Une limite antérieure trop abrupte dans un matériau
trop ferme en regard des cols des métatarsiens peut générer un
traumatisme qui doit être dépisté à temps. Il faut donc exercer une
surveillance étroite et fréquente des pieds porteurs d'orthèses et y
faire participer le patient et son entourage en leur apprenant les
signes cliniques critiques d'une éventuelle lésion. Les orthèses d'orteils
Comme pour tout l'appareillage du pied diabétique, leur adaptation doit
être parfaite: elles ne traumatisent pas les zones où elles s'ancrent et
notamment prennent appui au fond des espaces interdigitaux, en dessous
des orteils. Elles représentent en fait un corps étranger. La
surveillance de leur ajustement est fréquente au début Elles ne peuvent
être correctrices car elles seraient trop agressives vis-à-vis de la
peau. Elles permettent essentiellement de limiter les charges dorsales
et pulpaires en cas de griffes des orteils (cors pulpaires et dorsaux
interphalangiens). La protection de la bosse d'une première ou cinquième
tête métatarsienne (hallux valgus, quintus varus) est plus souvent du
ressort d'une chaussure spécialisée ou sur mesure.
Leur indication est plutôt transitoire, en attendant la réalisation
d'une orthèse plantaire dans une chaussure adaptée. Elles peuvent être
utilisées en cas d'ulcération propre et n'intéressant pas le plan
articulaire ou en attendant une cure chirurgicale. Elles n'ont pas
d'indication pour combler le vide laissé par une amputation d'orteil car
le frottement des orteils adjacents ou la butée du moignon sont trop
risqués si le terrain est neuro-artériopathique. Les chaussures
Le chaussage du diabétique doit être discuté et critiqué sur pièce lors
de la consultation. Toutes les chaussures sont apportées y compris les
chaussures de sport, de travail et les chaussons. Pour essayer d'être
efficace et prévenir les troubles trophiques, il ne faut pas se
contenter de demander un chaussage en cuir avec une largeur suffisante,
mais exiger des caractéristiques très précises [15,83].
Critères généraux du choix
Très rapidement s'impriment sur l'orthèse les zones ponctuelles ou
s'exercent des forces dangereuses pour la trophicité; il est alors
facile de mieux répartir les charges par rapport à un col de
métatarsien, à l'appui de l'os naviculaire et ou par rapport à la pulpe
des orteils.
La persistance d'un épanchement hématique sous-kératosique impose de
monter les cotes. Une limite antérieure trop abrupte dans un matériau
trop ferme en regard des cols des métatarsiens peut générer un
traumatisme qui doit être dépisté à temps. Il faut donc exercer une
surveillance étroite et fréquente des pieds porteurs d'orthèses et y
faire participer le patient et son entourage en leur apprenant les
signes cliniques critiques d'une éventuelle lésion.
Le dessus ou tige est en cuir souple. La claque recouvrant les orteils
et l'avant-pied est unie. Ni lanière ni découpe, surtout en avant,
l'achat doit être effectué en fin d'après-midi pour tenir compte de la
survenue d'un œdème de déclivité. Le semelage est en cuir ou en
caoutchouc selon la tolérance de chacun (hyper-hidrose, mycoses,
sensibilité de la peau), plutôt épais. Il faut passer la main à
l'intérieur de la chaussure pour apprécier en avant, l'absence de
coutures et de surpiqûres pouvant blesser les orteils et les têtes des
métatarsiens extrêmes (point de claque, point d'arrêt). Le bout-dur doit
être le plus « mou» possible.
Les tests d'essorage et d'enroulement sont nécessaires. La chaussure ne
doit pas se tordre comme une serpillière ni se replier en arrière et en
haut. Ces tests témoignent de la qualité du cambrion. Il ne doit pas y
avoir une trop grande différence entre la souplesse de la tige avec une
insuffisance du contrefort et la raideur du semelage. La tenue au
cou-de-pied est nécessaire, l'empeigne ne comporte pas un décolleté trop
important vers les orteils.
La semelle de propreté dans la chaussure au contact de la sole plantaire
est de bonne qualité et ne laisse pas apparaître des aspérités, des
plicatures, voire les extrémités des clous du semelage. Le
contrefort postérieur n'est pas trop dur et ne comporte pas de coutures
agressives pour la tubérosité du calcaneum.
On ne se contente donc pas de parler de chaussures. On donne des
conseils très précis à partir du modèle chaussé. Les chaussures sont
considérées comme de véritables orthèses et soumises à contrôle lors de
l'examen clinique. Ce contrôle représente une partie de la prise en
charge podale du diabétique en vue d'une prévention des troubles
trophiques [13,18, 66,75,83, 84].
Les chaussures spécialisées
Les chaussures de série de ville peuvent être contre-indiquées.
Plusieurs causes sont possibles: un 'volume du pied ou une architecture
podale trop imposante; la présence de pansements ou d'orthèses avec des
cotes marquées imposées par l'état du pied; la présence d'une
neuropathie et/ou d'une artériopathie. Dans ces cas, on dispose de
chaussures de série aménagées, spécialisées, d'articles chaussants, de
chaussures thérapeutiques de série et des chaussures orthopédiques sur
mesure.
Il n'existe pas de chaussure-type pour un pied ou un état donné; le
choix s'effectue toujours par rapport à la pathologie rencontrée, aux
possibilités fonctionnelles et à l'absence de conflit et de frottement
ponctuel.
Les différents types de chaussures thérapeutiques de série
Ce sont des chaussures fabriquées en série pour des pieds qui demandent
un maintien, un chaussant particulier que ne peuvent assurer les
chaussures ordinaires sans pour autant justifier l'attribution de
chaussures orthopédiques. Elles sont conçues pour recevoir si besoin une
orthèse plantaire sur mesure. Chaussures de décharge totale de
l'avant-pied, mises au point pour les suites immédiates de cure
chirurgicale des- déformations de l'avant-pied, l'appui se faisant au
talon et dans la partie antérieure du tarse.
·
Chaussures à ouverture totale, elles ont un grand volume disponible, une
grande souplesse d'adaptation mais peu de maintien; les attaches sont
de type Velcro.
·
Chaussures thermoformables, elles comportent un matériau qui peut être
formé aux déformations de l'avant-pied par chauffage.
·
Chaussons et chaussures à bout ouvert, la claque qui recouvre les
orteils n'existe pas ou l'extrémité de la chaussure est ouverte et
réglable.
·
Chaussures pour décharge totale du talon.
·
Chaussures à débord médial, elles libèrent l'hallux du report latéral en
valgus imprimé par la forme de la majorité des chaussures, le premier
rayon peut donc rester dans sa rectitude.
·
Les chaussures orthopédiques sur mesure
Leur prescription est détaillée et traduit les éléments cliniques à
prendre en charge. On définit la forme, le type de peausserie, la tige,
les fermetures, les compensations, les orthèses, les orthèses-prothèses
pour les amputations, avec leur caractéristiques physico-chimiques, les
capitonnages, le semelage.
Les chaussures spécialisées
Il ne faut pas manquer le temps de leur indication. Leur parfaite
réalisation est parfois rendue très difficile par la fragilité du pied;
là encore, il faut être inflexible pour obtenir une adaptation correcte
de la chaussure au pied: absence de liège dans les semelles internes,
degré de liberté suffisant des orteils et des têtes métatarsiennes
latérales avec une chambre antérieure vaste et ultrasouple (problème du
bout dur).
Au total, le chaussage spécialisé des pieds diabétiques est un outil
orthétique entrant dans la stratégie préventive et thérapeutique des
troubles trophiques. C'est une prescription médicale avec des
indications bien précises selon l'état des pieds; son adaptation est
soumise à un contrôle strict. Place de la rééducation
La rééducation ne développe ni ne rétablit une performance vasculaire
perdue. Elle permet une meilleure adaptation musculaire à l'effort, elle
lutte contre l'enraidissement des articulations. On fait travailler
particulièrement les articulations métatarso-phalangiennes en
privilégiant les manœuvres passives et, en flexion plantaire, le système
surocalcanéen plantaire (qui a tendance à se raccourcir) et la stabilité
transversale par des exercices de reprogrammation neuro-musculaire Traitement des mycoses
L'atteinte fongique est le plus souvent dermatophytique, plus rarement
levurique ou à moisissures. La contamination dermatophytique est
interhumaine et implique des mesures prophylactiques (chaussures,
chaussettes, parties communes où l'on marche pieds nus, hygiène, chaleur
et humidité).
Les intertrigos se surinfectent volontiers: cellulite extensive,
érysipèle. Ils doivent être prévenus par l'application systématique de
topiques antifongiques traditionnels sur les plantes et surtout entre
tous les orteils. L'onychomycose doit être prévenue de la même façon. Il
faut que le support de la molécule antifongique apporte une amélioration
trophique non seulement sur la tablette unguéale mais aussi sur son
environnement cutané (sillons) qui doivent devenir moins secs, plus
souples et par conséquent moins sensibles aux risques d'ulcérations.
Un ongle dystrophique ne correspond pas forcément à une onychomycose,
et la plupart du temps il s'agit de troubles stato-dynamiques ou d'un
chaussage inadapté qui engendrent des micro traumatismes sur les orteils
et les ongles. Des dystrophies et des cors sous-unguéaux, sans atteinte
fongique, en sont la conséquence. Il faut donc traiter les causes
mécaniques. Localement, le meulage des ongles avec une fraise
appropriée, diminue le risque d'agression de l'ongle dystrophique,
épaissi et d'architecture modifiée, sur son propre orteil ou sur les
orteils adjacents, et prévient le risque d'ulcération quand le pied est
fragilisé par la neuro-angiopathie. La coupe des ongles dans les coins
et le nettoyage à la gouge sont dangereux et ne sont pratiqués que
lorsque la fraise n'est plus efficace.
Les traitements systémiques classiques (griséofulvine, kétoconazole)
doivent être très longs (12 à 18 mois pour l'hallux). Ils nécessitent
des contrôles biologiques répétés, comportent des risques
d'interactions médicamenteuses et ont un taux élevé d'échec, de
rechutes et de non compliance au traitement.
Les nouveaux traitements antifongiques systémiques (fluconazole,
itraconazole, terbinafine) semblent plus intéressants (diffusion rapide
dans la tablette et la matrice) ; la terbinafine est fongicide sur les
dermatophytes; les taux de guérison sont supérieurs; le délai moyen de
guérison est nettement raccourci; la tolérance est meilleure. La mise en
route d'un tel traitement nécessite des examens de laboratoire: examen
direct et culture, examen histo-mycologique parfois, après s'être assuré
de l'absence d'un traitement récent.
Ces nouvelles armes thérapeutiques systémiques sont très efficaces et
repoussent les indications de l'avulsion unguéale chimique ou
chirurgicale j la place des topiques antifongiques, y compris des
solutions filmogènes, se discute surtout en cas d'atteinte lunulaire. Traitement du diabète
Le contrôle du diabète est un élément fondamental dans le risque de
survenue de complications. Les études récentes ont montré qu'il existe
une relation directe entre le niveau glycémique mesuré par le . taux
d'hémoglobine glyquée et la survenue des" complications en prévention
primaire comme en prévention secondaire [79]. La recherche d'un bon
équilibre du diabète est donc fondamentale pour limiter le risque de
complication de microangiopathie mais aussi de macroangiopathie.
En cas de lésion aiguë, artérielle ou neuropathique, en particulier
lorsqu'il existe un facteur infectieux, le parfait contrôle métabolique
devient impératif. Cela nécessite le plus souvent le passage à des
multi-injections d'insuline (3 ou 4/j) chez le DID mais souvent aussi
chez le DNID, au moins de façon transitoire, éventuellement la mise sous
insuline par pompe sous-cutanée à débit continu, plus rarement par voie
intraveineuse. L'antibiothérapie
Les antibiotiques jouent un rôle important dans le traitement des
lésions infectieuses, mais leur efficacité dépend de. l'adaptation aux
germes responsables, d'une bonne diffusion dans les tissus infectés et
enfin de l'obtention d'un bon contrôle glycémique.
Leur utilisation dépend du type de plaie. Devant une plaie
superficielle, un intertrigo, le germe le plus souvent responsable est
le staphylocoque doré. Après avoir fait des prélèvements
bactériologiques, on utilise un antibiotique à spectre étroit,
anti-staphylococcique (oxacilline, pristinamycine). Devant une plaie
profonde ou un pied très int1ammatoire avec signes de cellulite, il faut
avoir recours à une bi-ou une trithérapie, utilisant les quinolones, les
aminosides (attention à la fonction rénale), l'amoxiciline associée à
l'acide clavulanique ou enfin la rifampicine. Cependant les associations
doivent être adaptées à l'antibiogramme et prudentes pour éviter de
sélectionner des germes nocosomiaux [43]. Dans tous ces cas,
l'antibiothérapie doit limiter le risque d'extension de l'infection,
mais ne doit pas retarder la mise à plat chirurgicale: bien souvent
l'antibiothérapie ne permet pas d'éviter un curetage chirurgical en
particulier en cas d'ostéite ou d'ostéoarthrite [2, J?, 68, 80 ]. Un
traitement antibiotique systématique préventif au long cours n'est pas
indiqué, en raison de la sélection de germes résistants et de l'absence
de preuve de son efficacité. Anticoagulants
Les indications des anticoagulants ne diffèrent pas ce celles des
patients atteints d'artérite non diabétique. Il faut rappeler l'absolue
nécessité d'un traitement préventif de phlébite par les héparines de bas
poids moléculaire chez les patients immobilisés, en décharge, a fortiori
en cas d'utilisation d'un moyen de contention (botte plâtrée...). Devant
une artérite, en l'absence de lésion aiguë artérielle, se discute
l'utilisation des antiagrégants plaquettaires plus souvent que celles
des anticoagulants. Traitement de la neuropathie
Il n'existe pas à ce jour de traitement spécifique de la neuropathie.
Les inhibiteurs de l'aldose-réductase (inhibant la synthèse du sorbitol,
mis en cause dans la physiopathologie de la neuropathie diabétique),
sont efficaces chez l'animal, mais aucune étude n'a permis de confirmer
cette efficacité chez l'homme. Le traitement de la neuropathie repose
donc sur l'équilibre du diabète, l'éradication des facteurs aggravants
[79]. Les autres facteurs responsables de neuropathie, doivent être
recherchés et traités, car la neuropathie est souvent multifactorielle.
Ainsi il faut rechercher l'existence d'une neuropathie alcoolique, des
neuropathies médicamenteuses, qui viendront aggraver la neuropathie
diabétique. En cas de lésion (mal perforant plantaire), la décharge par
le repos strict, par les appareillages de décharges (bottes plâtrées ou
en résine), par les orthèses, est le traitement essentiel pour éviter
les micro-traumatismes [32,62]. Traitement de l'artériopathie
Le traitement est médical et chirurgical. Le traitement médical n'est
guère différent de celui de l'artérite du sujet non diabétique. Il fait
appel aux vasodilatateurs artériels classiques. L'arrivée de nouvelles
molécules comme les analogues des prostacyclines comme l'iloprost
(Ilomédine) pourrait modifier les indications thérapeutiques. Cependant
ces molécules sont difficiles à manier et restent réservées au milieu
hospitalier.
Il est indispensable de lutter contre les douleurs de décubitus en ayant
éventuellement recours aux antalgiques majeurs afin de permettre au
malade de dormir les jambes dans le lit.
Des travaux récents ont conduit à remettre en cause le caractère
classiquement peu chirurgical de l'artérite chez les diabétiques.
Lorsque la chirurgie de revascularisation est techniquement possible
chez un diabétique, les résultats fonctionnels ne diffèrent pas des
résultats des gestes de revascularisation réalisés chez les
non-diabétiques [67].
Ainsi, les indications thérapeutiques sont souvent difficiles à porter
chez les artéritiques diabétiques, surtout en cas de troubles trophiques
du pied dont la pathogénie est multifactorielle. Le recours aux
techniques modernes d'explorations fonctionnelles vasculaires non
invasives doit permettre une sélection plus fiable et plus rapide des
patients à traiter médicalement, à revasculariser ou à amputer. Les
traitements maintenant classiques de l'artérite (pontage, by-pass,
dilatation endoluminale ou moins classique (laser...) ne diffèrent guère
chez les diabétiques et les non-diabétiques; les indications dépendent
essentiellement des localisations de l'atteinte artérielle et du bilan
lésionnel [38, 39, 53, 69]. Traitement des autres facteurs de
risque
Le traitement des autres facteurs de risque est aussi important que le
traitement du diabète dans la prévention des complications.
L'éradication du tabagisme est fondamentale. C'est un facteur de risque
majeur pour les complications au niveau des pieds chez les diabétiques;
en effet, les enquêtes montrent que le tabagisme est deux fois plus
fréquent chez les sujets atteints d'artérite que chez les sujets non
atteints [88].
Le traitement de l'hypertension artérielle, qui joue un rôle majeur sur
la macroangiopathie, est fondamental. L'hypertension artérielle a été
définie récemment par l'OMS chez les diabétiques par des chiffres
supérieurs à 135 mmHg pour la systolique et 85 mmHg pour la diastolique
[57].
Les troubles lipidiques doivent aussi être traitées de façon drastique,
en raison de !eur influence sur la macroangiopathie. En particulier le
LDL cholestérol doit être ramené en dessous de 1 g/l..
Enfin, véritable facteur de risque de complication par ses effets
mécaniques au niveau des pieds, l'obésité présente chez 80 % des
diabétiques non insulinodépendants doit être combattue [17, 21].
Le traitement de la rétinopathie est fondamental, car une bonne
surveillance et un traitement par laser doivent prévenir la cécité. La
seconde complication ophtalmologique, la cataracte, est essentielle en
raison de son incidence sur l'acuité visuelle, en particulier chez les
diabétiques de plus de 60 ans qui sont les plus exposés aux
complications au niveau des pieds [19]. |
||
| CONCLUSION | ||
|
De nombreuses complications du diabète sont, à l'origine, déclenchées
par des erreurs d'hygiène, le port de chaussures inadaptées, une absence
de surveillance et de prévention des troubles statiques liés à la
neuropathie et à l'artériopathie. Les sujets âgés, les sujets isolés,
souvent marginalisés présentent un risque très élevé. Favoriser l'accès
aux soins, faire bénéficier rapidement ces patients de circuits
spécialisés pour la prise en charge est indispensable pour améliorer la
prévention primaire et secondaire. La déclaration de « Saint-Vincent »,
consensus européen sur la prise en charge et sur les objectifs
thérapeutiques des diabétiques, encore appelée « les droits et les
devoirs du patient et des médecins» s'est fixée comme objectif: « une
réduction du nombre d'amputation des membres inférieurs pour gangrène
diabétique d'au moins la moitié» [25]. De même l'objectif fixé par le
département de santé aux USA est une réduction de 40 % des amputations
chez les patients diabétiques pour l'an 2000 [241]. |
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| REFERENCES | ||
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